![]() |
Aujourd'hui Lundi 28 Septembre 2026, 271ème jour de l'année Nous fêtons les Venceslas |
Prosper Mérimée, écrivain, académicien, mais aussi et presque d'abord, inspecteur des Monuments Historiques, est né à Paris le 28 septembre 1803.
Son père Léonor, professeur de dessin à l'école polytechnique, avait 46 ans à sa naissance, et sa mère Anne, 29. Elle possèdait aussi des talents de portraitiste et elle fixera les traits de Prosper âgé de cinq ans dans un dessin où apparaît leur étonnante ressemblance physique.
Anne et Léonor se sont mariés en 1800 à rebours des habituels mariages arrangés à l'époque. Du rapprochement de leurs deux fortes personnalités, le petit Prosper a de quoi se sentir étranger. Il est gavé de savoirs plus que de tendresse Il apprendra donc à ressentir avant de sentir et s'habituera à prendre toutes les distances avec les apparences et le monde visible.
Prosper est bien sûr ignorant de l'histoire qui s'accélère autour de lui avec la période napoléonienne. En 1808, la famille Mérimée s'est installée au numéro 12 de la rue des Postes, toujours à l'ombre du Panthéon. Il a déjà connu quatre déménagements, et cette instabilité géographique ne fait qu'amplifier sa solitude intérieure, son besoin d'ancrage.
A l'âge de sept ans, il est entré au lycée Napoléon qui deviendra le lycée Henri IV à la restauration. Il y a fera la connaissance de l'élite parisienne. Il fait preuve d'une bonne constance dans ses résultats scolaires, notamment en latin et en grec. En 1819, l'heure est venue pour Mérimée de s'inscrire à la faculté de droit, non par vocation, mais pour satisfaire aux désirs de son père, qui aimerait le voir marcher sur les traces de son grand-père, éminent avocat au Parlement de Rouen.
Il sait qu'il ne sera jamais un ténor du barreau, il ira pour au bout des quatre années de droit, toujours assidu aux cours. Il se dit qu'en devenant un bon juriste, il pourra toujours approcher quelque ministère ou quelque ambassade. Le 26 août 1823, il soutient sa thèse "De matrimonio", qui lui vaudra du jury trois boules blanches et deux boules rouges (l'essentiel était d'éviter une boule noire, c'est à dire d'être "blackboulé"). Le 30 août, diplôme en poche, il peut entrer dans l'administration.
En 1834, il est nommé Inspecteur des Monuments Historiques, poste qui conviendra à merveille à son caractère d'apparence dilettante. Pendant plus de 20 ans, il a pourtant accompli une vingtaine de grandes tournées d'inspection, et l'ensemble de ses travaux professionnels, sans compter, son œuvre littéraire, complété de dessins, de photos, de plans de restauration, représente une trentaine de volumes.
L'intérêt de Mérimée pour le patrimoine s'inscrit dans un contexte historique. Louis-Philippe avait placé au rang des priorités nationales la réhabilitation des monuments français. Ce retour au passé trouvait un écho favorable chez les défenseurs de l'idéal romantique, tel que Hugo qui déclarait en 1832 la "Guerre aux démolisseurs."La brutalité de la Révolution française avait abattu de nombreux édifices, surtout quand ils illustraient la religion et la monarchie.
Mérimée souhaitait sauvegarder les splendeurs passées, tout en participant à l'engouement de son époque pour le moyen-âge, l'art roman, et le gothique.
Les contes de Mérimée restent très lus non seulement en France mais dans les pays anglo-saxons ou l'on apprécie le genre des nouvelles. Certaines de ses œuvres sont désormais des grands classiques de notre histoire littéraire, notamment "Carmen" (en partie grâce à Bizet qui en fit un opéra) et Colomba.
Xavier Darcos, ex Ministre délégué à l'enseignement scolaire a consacré une biographie à l'auteur qui a su le toucher, biographie dont le résumé dit ceci :
"Je pris un tel plaisir quand je lus, pour la première fois il y a bien longtemps, Mateo Falcone, Carmen, puis La Vénus d'Ille, que je me mis en quête des autres nouvelles de Mérimée, puis de son théâtre. Enfin, passant du texte à l'auteur, je me suis demandé qui pouvait bien se cacher derrière ce narrateur distant, cynique, presque cruel, maître incontesté du fantastique, ou derrière ce dramaturge qui publiait sous un pseudonyme. Ce recul et ce masque intriguent et incitent à déchirer le voile. Je découvris ainsi une vie incroyablement animée.
Infatigable voyageur, Prosper Mérimée a couru l'Europe et le Moyen-Orient, collectionnant les rencontres et les aventures. Inspecteur général des monuments historiques, il a littéralement sillonné la France pendant vingt ans. Confident d'Eugénie de Montijo, (l'Impératrice Eugénie), le sénateur Mérimée, sous le Second Empire, se trouve associé aux événements et à l'action politiques. Erudit immense, critique acerbe, historien abondant, traducteur polyglotte, cet auteur imaginatif, d'abord insoumis et provocateur, puis académicien narquois, rédige une œuvre éclectique tout en entretenant une correspondance abondante et libertine avec les plus grands esprits de son temps.
En suivant les étapes de la vie et de l'écriture de Mérimée, c'est un siècle entier que l'on traverse, de l'orée du XIXeme à la débâcle de 1870. Bon gré, mal gré, il a épousé l'évolution de son temps, d'autant que l'homme privé s'est totalement confondu avec ses fonctions officielles. C'est ce double parcours, d'une vie et d'un monde, que j'ai cherché à reconstituer."
Xavier Darcos, "Mérimée" aux éditions Flammarion, 1998
Son élection à l'Académie française le 14 mars 1844 où il remplaça le lexicographe Charles Nodier, fut considérée comme un succès pour l'école romantique. Il a laissé outre ses romans et son œuvre professionnelle, une correspondance curieuse sous le titre "Lettres à une Inconnue"; c'est le roman de vingt années de sa vie. Son Inconnue, Jenny Dacquin, à qui il écrivit encore de jour même de son décès, assistait à sa séance de réception, et, du bout de ses doigts gantés, Mérimée lui envoya un baiser discret. Il reçut Ampère, et fut dans toutes les élections l'allié de Sainte-Beuve qui avait été élu le même jour que lui et dont il approuva le projet d'une Académie du suffrage universel.
Le 18 Septembre 1870, après la capitulation de Metz, c'est Paris qui s'incline devant les troupes de Bismarck. Mérimée méprise ce pouvoir "qui aura signé un traité avec M. de Bismarck, et cela lorsque toute la nation est en armes comme aujourd'hui". Mérimée est écœuré, il ne lui reste plus qu'à mourir de chagrin.
Fiévreux, alité jour et nuit, oppressé par une bronchite asphyxiante, il est soigné par Fanny une amie attirée et gardée à Cannes, qui ne le quitte plus. Au matin du 23 Septembre il profite d'un répit pour écrire trois courtes lettres dont l'une à son amie Jenny qui se trouve à Poitiers : " Chère amie, je suis bien malade [...] faites prendre chez moi à Paris les lettres de Madame de Sévigné et un Shakespeare. J'aurais dû les porter chez vous, mais je suis parti. Adieu, je vous embrasse. " Il s'éteint le jour même vers 21 heures, quelques jours avant son soixante septième anniversaire.
Jenny n'aura pas le temps d'aller chercher les ouvrages qui disparaîtront pendant la Commune de Paris. En effet, le 23 Mars 1870, au 52 de la rue de Lille, son immeuble bourgeois s'embrase. Tout ce qui subsistait, traces hétéroclites et intactes d'une vie bien remplie, est désormais réduit en cendres. "Quand tout l'éphémère attirail d'une intimité part en fumée, seule l'œuvre reste, sur qui le temps n'a pas de prise."
Quand il est question de son œuvre, il s'agit aussi de sa postérité dans la conservation patrimoniale, car Mérimée ne s'est pas contenté de restaurer et de collecter. Il a inventé des lieux d'accueil pour les œuvres et fait donc figure d'annonciateur du musée moderne. De même, c'est lui qui a conçu les systèmes de classement et la création d'un fonds national d'investissement. A sa manière, il fut le vrai précurseur de la muséographie à la fois protectrice et pédagogique.
Peu avant sa mort, c'est peut-être sous l'influence de Fanny, une amie attirée et gardée à Cannes, que l'athée Mérimée fit une sorte d'amende honorable : "Je déclare dans mon testament que j'appartiens à la confession d'Augsbourg, et je vous prierai de veiller à ce qu'on ne porte pas à Saint-Thomas-d'Aquin." Le testament, daté du 30 Mai 1869; sera respecté. Mérimée est inhumé le 25 Septembre 1870 au petit cimetière protestant de Cannes, dans l'intimité.
L'annonce de sa mort a été balayée par le blocus de Paris, par la Commune, alors qu'en temps ordinaire, la mort de Prosper Mérimée aurait été un événement, lit-on dans les journaux parisiens qui publient sa nécrologie.
Source :
http://www.academie-francaise.fr/immortels/base/academiciens/fiche.asp?param=384
Ainsi que "Mérimée" de Xavier Darcos, et l'interview de ce dernier par Philippe Thomas, dans le supplément "Journées du Patrimoine"du journal "Sud ouest" daté du 18 septembre 2003.
A Cannes existe le Square Mérimée, sur lequel donne le N°3 où il logeait.
La Plaque du Jour a été photographiée à Paris, sa ville natale.
Recherchez avec Cernedate © une année à partir d'une date incomplète.