La plaque du jour

Aujourd'hui 22 Mars 2026, 81ème jour de l'année
Nous fêtons les Leïla, les Léa, les Lia et les Lila

Né le 14 octobre 1890, le fondateur de la critique cinématographique et cinéaste Louis Delluc est décédé le 22 mars 1924 Il a disparu à l'âge de 33 ans en laissant des traces incroyables dans le monde du cinéma pour une vie ainsi abrégée. Il repose au cimetière de Bagneux dans les Hauts de Seine.

Cette rubrique a la chance aujourd'hui d'avoir pour biographe le neveu direct de Louis Delluc, le Docteur Gilles Delluc. Voici un condensé par lui-même pour "ruedesrues" de la biographie (la première et pour l'instant la seule) qu'il a consacrée en 2002 à son oncle : "Louis Delluc, l’éveilleur du cinéma français", aux éditions Pilote 24 à Périgueux. "au temps des années folles", rajoute-t-il.

"Chacun connaît le nom de Louis Delluc. C'est peut-être même le nom du cinéaste le plus connu, le plus souvent prononcé. Le prix Louis-Delluc récompense le meilleur film français de l’année. Le Goncourt du cinéma ? Non, car c'est un prix totalement indépendant, libre de toute arrière-pensée commerciale.

Qui était donc Louis Delluc ? On ne le sait plus trop. Il n'est pas impossible que, pour certains, ce patronyme soit celui d'un mécène. Quelqu'un dans le genre de Nobel qui inventa la dynamite ou de Cognacq qui fonda un grand magasin.

Les films de Louis Delluc ne sont plus guère projetés. Ses notes, ses critiques de cinéma et ses scénarios, récemment réédités et commentés par la Cinémathèque française, ne sont consultés que par les spécialistes. Ses traits de génie de réalisateur, ses découvertes, sont devenus des banalités voire des poncifs. Beaucoup de cinéastes ont, depuis belle lurette, oublié ce qu’ils lui doivent.

Louis Delluc n’a jamais jusqu’ici donné lieu à une biographie. Pourquoi ce silence? Peut-être parce que son histoire semblait lointaine, difficile à exhumer et à reconstituer à partir de vestiges épars. Peut-être aussi parce que sa vie haletante est ramassée en quelques années, pas faciles à débrouiller. Peut-être enfin parce qu’elle est marquée, du début à la fin, par la maladie, par un drame conjugal et par des difficultés financières qui vont en hâter l’issue. Une aventure précipitée et tragique. Comme un film.

Ce jeune homme, issu d'un minuscule village périgordin, monté à Paris, est happé par le journalisme. Malgré la maladie - la tuberculose, si fréquente alors - qui marque toute sa courte vie, il va vite devenir - tout simplement - le personnage clef du cinéma français. Celui qui va assurer le passage du cinématographe au cinéma. Le cinéma était une attraction pour foires et brasseries ; il devient un spectacle de qualité, un art.

Louis Delluc, au départ, est un homme de lettres. Il écrit beaucoup. A jet continu : des poèmes, des pièces, des romans, des textes aux phrases incisives. Il vit de la critique de spectacles. Les tréteaux de la scène, la piste du cirque, les planches du music-hall, les cordes du catch le passionnent. En revanche, il déteste le cinéma de l’époque : du théâtre filmé, des actualités plus ou moins bricolées en studio, des gaudrioles et des séries comme « Fantômas ».

Une femme étrange va changer tout cela. Peu avant la guerre, le jeune critique rencontre une belle actrice, Ève Francis, muse et interprète chérie de Paul Claudel. Un soir de 1916, elle lui fait découvrir Forfaiture de Cecil B. de Mille. Ce film a une âme. A la fin de la projection, Louis Delluc est conquis par le cinéma américain. Il décide de se vouer à ces projections noires et blanches, qui vont devenir le Septième art, « fils de la mécanique et de l'idéal des hommes ».

Une nouvelle vie commence. Louis Delluc fonde la critique cinématographique, écrit d’innombrables articles, donne son avis avec lucidité et indépendance, oriente les goûts. Coups de cœur sur coups de cœur. C’est lui qui invente le mot « cinéaste ».

Il a tenté de s’engager en 1914. Malade, il est réformé. Il est enfin recruté en 1917 à la suite d’une sanction : il a participé au journal anarcho-pacifiste « Le Bonnet rouge ». Il ne sera démobilisé qu’en 1919.

Il ne lui reste que cinq ans pour éveiller le cinéma français. Cinq ans, seulement, pour éditer « Le Journal du Ciné-club », la revue « Cinéa » et créer les ciné-clubs. Cinq ans surtout pour mettre la main à la pâte et tourner sept films, dont deux comptent parmi les immortels chefs-d’œuvre du cinéma français : « La Femme de nulle part » et « Fièvre ».

Des films vrais, en décor naturel, sans gesticulations ni péripéties. Les sentiments sont rendus de façon impressionniste, intimiste, avec souvent des allers et retours entre le présent et le passé, le rêve et la réalité. Tout un ensemble révolutionnaire pour l’époque. Le cinéma nouveau est arrivé… Chacun de ces films déclenche des batailles d’Hernani.

Il est bien l’éveilleur du cinéma français. Il est le chef de file de l’avant-garde qui va bouleverser le cinéma des années vingt, jusqu’au parlant. Nous connaissons tous leurs noms : Abel Gance, Germaine Dulac, Marcel L’Herbier, Jean Epstein et René Clair suivent Louis Delluc. On l’a dit : « Sans lui nous ne saurions pas aimé le cinéma ».

Il tourne son dernier film dans la vallée du Rhône, au creux de l’hiver. C’est « L’Inondation ». Il pleut à verse. Louis Delluc y contracte une tuberculose aiguë, la terrible phtisie galopante, qui l’emporte en quelques semaines.

Louis Delluc est mort en 1924. Il n’avait que trente-trois ans. Cela vous donne un sacré coup de vieux que de mourir si jeune. Il est pourtant proche de nous. Sans cette fin prématurée, il aurait pu, comme René Clair ou Abel Gance, tourner des films en couleurs et même en cinémascope. Mais sans doute pas finir à l'Académie française…

Il est difficile de laisser un souvenir plus vif et une œuvre aussi féconde au terme d’une vie aussi brève."

Gilles Delluc

La Plaque du Jour a été photographiée à Cadouin, village natal de Louis Delluc en Dordogne, où habitants et commerçants ignorent superbement pour certains même, jusqu'à l'existence de cette rue. La municipalité étonnamment indolente pour un village aussi touristique (l'abbaye de Cadouin compte dans un circuit touristique) n'a apposé en tout et pour tout qu'une seule plaque, qui plus est passablement vétuste, pour toute la rue.

A compter de ce jour, Louis Delluc prend également pension permanente dans la Rue des Proches.


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