La plaque du jour

Aujourd'hui Lundi 22 Juin 2026, 173ème jour de l'année
Nous fêtons les Alban, les Albane, les Albe et les Thomas

A près de 90 ans, Armand Fallières, 9e Président de la République, est mort le 22 juin 1931, « comme s’éteint une lampe privée d’huile » ainsi que le déclara son fils André à « la Dépêche du Midi ». « Il est mort sans souffrance, aussi paisiblement qu’il avait vécu. Et son visage, reflet de sa belle âme, rayonnait de bonté »

Fils d’un géomètre arpenteur ainsi que greffier de justice de paix il était né le 6 novembre 1841 à Mézin, dans le Lot-et-Garonne dans la forge familiale de son grand-père, accolée à la cathédrale de Mézin, et y passa sa petite enfance. Cette maison sera plus tard démolie et reconstruite pierre par pierre à l’autre bout de la petite ville.

Après des études de droit, à Toulouse et Paris, Armand Fallières s’inscrit au barreau de Nérac dans son département du Lot-et-Garonne. Il y plaide quelques procès politiques : il défend notamment un groupe de jeunes gens qui avaient chanté la Marseillaise sur le passage d’une procession.

Dès son installation comme avocat, il commence à s’intéresser aux affaires publiques et entame une longue carrière politique. D’abord locale, en étant élu maire de Nérac et conseiller général, puis nationale, en se faisant élire député du Lot-et-Garonne en 1876, à l’âge de 35 ans.

A la Chambre des députés, Armand Fallières siège à gauche, parmi les membres du groupe de la gauche républicaine. Il fait partie des " 363 ", ceux qui, le 22 juin 1877, après la " crise du 16 mai " votent un ordre du jour de défiance au Duc de Broglie, nouveau président du Conseil nommé par Mac Mahon. La Chambre est alors dissoute.

Réélu aux élections d’octobre 1877, il s’affirme rapidement comme l’une des figures de la gauche. En mai 1880, il est appelé au Gouvernement. Il y restera pratiquement sans discontinuer pendant douze ans, jusqu’en 1892, en occupant principalement quatre portefeuilles, ceux de l’Intérieur, des Cultes, de l’Instruction publique (où il succède à Jules Ferry) et de la Justice.

Il s’illustrera dans " l’affaire des prétendants ", en déposant en janvier 1883, au nom du gouvernement, un projet de loi autorisant le ministère à expulser par décret tout membre d’une famille royale " dont la présence serait de nature à compromettre la sûreté de l’Etat ".

Au cours des années 1890, Armand Fallières s’efforça toujours de calmer les esprits, notamment lors des difficiles débuts de la " politique du ralliement ", émaillée d’incidents entre le gouvernement et la hiérarchie catholique.
Comme ministre de l’Intérieur, il fit annuler en août 1887 la délibération illégale du Conseil de Paris " invitant les 36.000 communes de France à envoyer des délégués à Paris pour dresser le bilan du siècle dont le terme approche, donner une forme aux aspirations comprimées par les réactions successives, etc. ".

Treize ans plus tard, le 22 septembre 1900, Armand Fallières, récemment élu Président du Sénat présidera au Banquet des Maires de France, aux côtés du nouveau Président de la République, Emile Loubet, son prédécesseur à la présidence de la Haute Assemblée… et auquel il succédera à la Présidence de la République.

A son arrivée au Sénat, Fallières s’inscrit dans trois groupes : la gauche républicaine, l’union républicaine et la gauche démocratique. Lorsque cette pluralité de groupes n’est plus admise, il choisit le groupe de la gauche démocratique " le plus avancé des trois ".
De 1892 à 1899, Fallières, simple sénateur fait preuve d’une grande discrétion : il ne prend pas une seule fois la parole en séance publique.
Le 1er mars 1899, il vote contre la " loi de dessaisissement " dans l’affaire Dreyfus. Deux jours plus tard, il est élu Président du Sénat au 2ème tour. Il succède à ce poste à Emile Loubet, élu Président de la République, auquel il succédera aussi à l’Elysée sept ans plus tard.

Fallières fut constamment réélu Président du Sénat jusqu’en 1906. A ce titre, il eut à présider la Haute Cour de Justice qui jugea, en 1899, Déroulède, Buffet, Ramel et Godefroy pour l’affaire de la caserne de Reuilly.

Le 18 janvier 1906, à Versailles, Armand Fallières est élu Président de la République au premier tour de scrutin, par 449 voix contre 371 à Paul Doumer, président de la Chambre. Clemenceau et la plus grande partie des radicaux ont préféré cet homme modéré au radical Doumer (qui sera à son tour élu Président de la République le 13 juin 1931). Ils reprochent en effet à Doumer d’avoir abandonné Combes et le " Bloc des gauches " en 1904 et d’avoir renoncé au projet d’impôt sur le revenu qu’il avait proposé en 1895.

Lors de son Discours d’investiture le 18 janvier 1906 il prononça ces paroles :
« Je fais appel au concours de tous les républicains n’oubliant pas d’ailleurs que si l’on gouverne avec les hommes de son parti, c’est dans l’intérêt supérieur de la nation que l’on doit à tous, sans distinction d’origine ou de foi politique, la protection de tous les droits et la garantie de toutes les libertés. »

Comme nombre de ses prédécesseurs, il est peu connu lors de son élection, mais très vite « le Père Fallières » comme l’appèlent familièrement les Français, va conquérir leur affection par sa simplicité.

Agé de 64 ans, il avait posé comme condition à son élection, qu’il ne changerait rien à ses habitudes. Le vin du Loupillon trônait sur la table présidentielle, ainsi que toutes les spécialités du Sud-Ouest, et comme le sera plus tard l’épouse du Général de Gaulle, son épouse était un peu la maîtresse de maison de l’Élysée plus que la Première Dame de France.

En octobre 1906, Fallières fait appel à Clemenceau pour diriger le ministère : c’est donc grâce à Fallières que pour la première fois " le Tigre " devient Président du Conseil. Ils ont le même âge.

En 1909, le Cabinet Clemenceau est usé, les discussions militaires s’enveniment à la Chambre, la situation internationale évolue vite (révolution turque, annexion par l’Autriche de la Bosnie-Herzégovine, indépendance de la Bulgarie). Fallières fait appel à un homme " plus souple ", Aristide Briand. Mais celui-ci doit démissionner au début de 1911.

Armand Fallières appelle alors le sénateur de la Gironde, Monis, puis Caillaux. Le coup d’Agadir le 1er juillet 1911 et les négociations franco-allemandes qui suivent aboutissent à la signature d’un traité que la Chambre ratifie mais que le Sénat refuse de ratifier, sous l’influence de Clémenceau qui accuse Caillaux de conventions secrètes avec l’Allemagne.

Fallières a alors recours à Poincaré. Celui-ci fait ratifier le traité franco-allemand par le Sénat et voter la réforme électorale par la Chambre. Tandis que la situation s’aggrave dans les Balkans, le septennat de Fallières s’achève. Poincaré, dont la politique étrangère est populaire, lui succède en étant élu Président de la République le 17 janvier 1913.

Malgré la situation internationale tendue, et une conscience aïgue des périls imminents, Armand Fallières ne manquait pas d’humour. En transmettant les pouvoirs à Raymond Poincaré, en guise de dernier bon mot il lui dit ceci :
La place n’est pas mauvaise mais il n’y a pas d’avancement. »

Les ambitions européennes enlèveraient aujourd’hui un peu de pertinence à son propos.

Il se retira au domaine du Loupillon hérité de son père, avec sa maison à deux étages entourée d’un vignoble reconstitué après le passage du phylloxéra à la fin du XIXe siècle, et de 40 hectares de champs fertiles. Il goûta jusqu’à un âge avancé les charmes d’une vie champêtre, désormais loin des agitations politiques.

Sources :

http://www.senat.fr/evenement/archives/fallieres.html

et « Président de la République , les vingt-deux chefs d’Etat français 1848-2002 »
par Jean-Paul Ollivier, publié par sélection du Reader’s Digest.

La Plaque du Jour a été photographiée à Coulounieix-Chamiers, en Dordogne. La plaque n'est pas légendée et l'accent de Fallières est aigü. Pas grave par conséquent ! Les honneurs ne survivent souvent qu'imparfaitement...


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