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Aujourd'hui Lundi 19 Octobre 2026, 292ème jour de l'année Nous fêtons les René |
Pour fêter les René, un René d'une des plaques de rues de la voirie de Périgueux, en Dordogne.
"Anciennement nommée Rue de la Nouvelle Halle, la rue René Lestin a pris son nom actuel en 1928 pour commémorer le souvenir de cet officier mécanicien de la Marine (1871-1911) né à Périgueux et mort héroïquement à l'âge de 40 ans dans la catastrophe du vaisseau "Liberté", en rade de Toulon, le 25 septembre 1911."
Source : "Périgueux de A à Z"
Alberte Sadouillet-Perrin
Cette catastrophe a eu en 1911 un retentissement inouï, même si, survenue un an avant le naufrage du Titanic, le grand public n'en sait plus rien aujourd'hui. Voici le résumé d'un récit de ce désastre :
"Mis sur cale en 1902 aux Chantiers de la Loire à Saint-Nazaire, le Liberté avait été lancé le 19 avril 1905, mais il était entré en service seulement en 1908.
Par rapport aux navires construits vers la fin du XIXe siècle, il représentait du point de vue de la technique un progrès considérable. La frégate cuirassée Numancia, qui fut lancée à La Seyne 40 ans plus tôt, mesurait seulement 96 mètres et sa puissance atteignait à peine 1 000 cv. Et cependant, ce bateau est resté célèbre dans les annales de la navigation à vapeur. Il fut le premier cuirassé à faire le tour du monde après avoir participé à un combat sévère sur les côtes de l'Amérique latine.
Au matin du 25 septembre 1911, un beau matin tout en douceur, il est cinq heures trente. Le branle-bas sonné, les matelots décrochent les hamacs. On baille, on s'étire, on se frotte les yeux encore gonflés de sommeil, on aère largement. La nuit a été paisible et même chaude en ce début d'automne. L'officier de quart a noté sur le livre de bord : " 5 h 30. Branle-bas - R.A.S. " (rien à signaler).
Tout à coup la routine quotidienne cesse. Les bruits familiers du bord sont couverts par trois détonations successives. Ce bruit sinistre ébranle les cabines, se répercute tout le long des ponts, envahit l'immense salle des machines De l'avant à l'arrière, de bâbord à tribord, c'est le même frémissement lugubre, précurseur d'un drame atroce. " Le feu à bord " ! entend-on partout. Vers l'avant du navire, un mince filet de fumée s'élève d'abord qui devient rapidement un épais nuage noir.
C'est bien cela ! le feu a pris dans les soutes avant tribord, les soutes à gargousses pour les pièces de 194 mm.
Le premier message de détresseest transmis par Paul Ribois de garde au télégraphe : " Feu à bord du " Liberté ". Envoyez secours d'urgence ". L'incendie se développe avec une rapidité effrayante. De la casemate avant tribord sortent maintenant d'énormes volutes de fumée noire qui montent vers le ciel pour se diluer ensuite et faire face à des flammes gigantesques rouges et jaunes pendant que les gaz délétères résultant de la combustion envahissentles batteries, les entreponts et rendent par leur âcreté la respiration humaine impossible.
Des navires les plus proches de la Liberté, de la République, du Léon-Gambetta, on entend des appels désespérés " sauve qui peut ! " On aperçoit des hommes pris de panique qui n'hésitent pas à se jeter à l'eau. Certains d'entre eux ne sachant pas nager se noieront.
L'officier de garde, le lieutenant de vaisseau Gaston Bignon, fit sonner la générale qui devait ramener tout le monde à son poste et particulièrement au poste d'incendie. Il ordonna de noyer les soutes avant où étaient stockées les gargousses de poudre B.
" De partout arrivaient les embarcations. Elles formaient autour du navire une sorte de ballet, dansant et bondissant sur les courtes vagues, pendant qu'une animation intense régnait sur le pont du navire ". Les ordres donnés par le lieutenant de vaisseau Gaston Bignon avaient été suivis par la plupart de ceux qui avaient fui dans l'affolement général. Mais, répétons-le, que pouvaient faire les meilleures volontés sans équipement spécial pour éteindre un incendie ?
Avec un mépris total de la mort, des héros tentèrent en vain de descendre dans les entrailles enflammées du cuirassé pour exécuter le mot d'ordre " Noyez les soutes ".
Les barrages de flammes et l'âcreté de la fumée interdirent toute approche de la commande des vannes de noyage.
Dans un sursaut de désespoir l'officier mécanicien Lestin et le maître canonnier Gelo s'enfoncèrent dans le ventre du navire pour tenter encore l'impossible. On ne revit jamais ces héros."
A 5 h 53 précisément, c'est la formidable explosion qui déchira l'air plusieurs lieues à la ronde, ébranlant toute la rade et ses environs, provoquant dans les populations de toute l'agglomération toulonnaise une peur horrible. Comment ne pas croire à un séisme avec la déflagration simultanée de 735 obus de 19, chargés à la mélinite, et de 4 600 obus de 65 et 45 mm. Dans les habitations les plus proches, des plafonds et des cloisons fissurés, des meubles renversés, des carreaux brisés. De toutes parts, ce fut l'affolement, l'angoisse, les appels désespérés.
" C'est la Liberté qui a sauté ! ". Un immense panache de fumée jaune et noire s'éleva à plus de quatre cents mètres, en même temps qu'une pluie de ferrailles s'abattit sur les unités voisines, sur les embarcations accourues dès le début du sinistre, Tout cela dans un vacarme infernal de sirènes, de cris d'horreur, d'appels désespérés, de hurlements de douleur des survivants blessés ou atrocement mutilés. La vue de ce spectacle était insoutenable.
Une chapelle ardente fut improvisée dans l'Arsenal à l'atelier Flotte et, chaque jour qui passait, voyait le nombre des victimes augmenter. Le 27 septembre, deux jours après le drame, on dénombrait 200 morts et 200 blessés, dont une cinquantaine grièvement atteints.
Chaque jour qui passait voyait s'alourdir le bilan catastrophique. Au début du mois d'octobre, les autorités décidèrent de ne plus attendre. Il fallait absolument procéder aux obsèques.
Elles eurent lieu le 3 octobre 1911, une semaine, donc, après le désastre, pour les victimes identifiées dont les familles avaient réclamé les corps soit 152 en présence du Président de la République Armond Fallières.
lors de la cérémonie, À 10 h l5, exactement On entendit tout à coup des cris venus, on ne sait d'où : " Sauve qui peut ! ". Une rumeur d'épouvante courut dans toute l'assistance. Instantanément, d'autres cris jaillissaient : " Le mort qui bouge ! " - " Ça va sauter ! ".
Alors un affolement général devait suivre qui dégénéra en une panique effroyable dont les plus anciens Toulonnais et Seynois se souviennent encore. Les sauveteurs bénévoles relèveront, soigneront dans les pharmacies du voisinage quelque 280 blessés.
Une autre cérémonie devait se dérouler le 7 octobre pour les corps non identifiés et non réclamés par les familles. Dix prolonges d'artillerie transportèrent 74 cercueils depuis la place Castignau jusqu'au cimetière de Lagoubran où l'on procéda à une inhumation collective.
Ces derniers chiffres sont inscrits sur une stèle située dans le carré du Souvenir Français au cimetière de Lagoubran.
Il faut y ajouter les morts qu'on retrouva bien après le drame, et même jusqu'en 1921, où l'épave fut explorée encore, en vue de son renflouement - sans parler des blessés qui ne purent survivre à la gravité de leurs mutilations. Un journal du 25 septembre 1912 qui retraça le drame, à l'occasion de son anniversaire, indiqua que la liste des morts s'était allongée depuis, d'une vingtaine de noms et qu'il fallait situer le nombre de disparus entre 50 et 60. Il n'est donc pas exagéré de dire et d'écrire que l'explosion du cuirassé Liberté causa la mort de 300 personnes environ."
Pour lire le récit dans son intégralité :
http://pagesperso-orange.fr/marius.autran/glossaire/tome1/cuirasse_liberte.html
Jusqu'en 2002, la plaque de rue était muette quant à l'histoire de René Lestin. Trois nouvelles plaques ont été posées par la municipalité qui permettent aux habitants comme aux touristes et aux curieux d'en savoir un peu plus sur ce personnage local tout en rappelant l'existence de ce drame.
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