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Le comédien, sociétaire et Administrateur de la Comédie Française Jacques Toja est né le 1er septembre 1929 à Nice, dans une famille qui habitait déjà cette ville lorsqu’elle est rattachée à la France en 1860.
Son père est commerçant, sa mère fille de viticulteurs. Son grand-père maternel lui fait partager sa passion : "Mon grand-père aimait le théâtre. Il l’adorait. Il me racontait, à sa façon, les tragédies qu’il allait entendre tous les étés pendant les chorégies d’Orange. C’était pour lui la Mecque, Lourdes et le Gange tout à la fois. Les héros de sa mythologie s’appelaient Œdipe, Rodrigue, Néron, Macbeth."
Lorsqu’il entre à l’École communale dans les années 30, la moitié des élèves sont fils d’immigrés italiens qui fuient le régime de Mussolini. Parmi ses camarades de classe, Louis Nucéra (1928-2000) devenu ensuite écrivain, lauréat du Prix Interallié en 1981, lui restera fidèle toute sa vie. Mais contrairement à ce que l’on peut imaginer, les années de guerre sont difficiles à Nice qui est une des villes les moins bien ravitaillées de France. Cela n’empêche pas le petit Jacques de parcourir en été la Provence à bicyclette, longeant les murs du vieil Avignon pendant son festival sans imaginer qu’il y conduira un jour la troupe de la Comédie-française.
Lorsqu’il termine ses études secondaires en 1947, la France connaît une année difficile entre tensions internationales et sociales. Dans ce contexte de rigueur, Jacques Toja décide de s’orienter vers le droit et prépare parallèlement une expertise comptable. Heureusement, il lui reste encore du temps libre dans la journée et il prépare le concours d’entrée au Conservatoire de Nice. Deux ans plus tard, il y obtient un premier prix et ses parents, très compréhensifs, acceptent de le voir monter à Paris pour tenter le concours du Conservatoire National s’il promet de revenir terminer ses études de Droit en cas d’échec. Mais son manuel de Comptabilité restera finalement sur les étagères. Il obtient en 1953 un premier prix devant Annie Girardot, Claude Rich, Jean-Paul Belmondo et Jean-Pierre Marielle, ses camarades de promotion . "Ils feront une carrière bien plus brillante que la mienne" dira t-il plus tard, modestement.
Il n’en demeure pas moins qu’il est le seul à être engagé à la Comédie-française, et il y entre le 1er septembre 1953, jour de ses 24 ans. L'année de son entrée dans la troupe des comédiens Français, il joue jusqu’à 17 rôles. Puis, il fait ses débuts officiels dans "Le barbier de Séville" tenant le rôle du Comte Almaviva. "Si l’on m’avait à cette époque là demandé de signer un contrat m’engageant pour toute la vie, je l’aurais fait sans hésiter. Tous les jeunes comédiens auraient réagi de même, ce qui est totalement inconcevable aujourd’hui."
Pourtant, le 15 février 1957, sur un coup de tête, "le premier, le seul assurément" précisera t-il - il donne sa démission de la Comédie-française afin de créer une pièce d’André Roussin, "La Mamma", auprès d’Elvire Popesco. La pièce est un triomphe (750 représentations) mais très vite il regrette les grands classiques et surtout l’alternance : "Je me rends compte que je ne suis pas fait pour jouer plusieurs centaines de fois la même pièce."
Sans rancune, la Comédie-française lui propose un nouvel engagement, le 20 mai 1959, et le 15 septembre 1960, il est nommé sociétaire. Dès lors, il joue tous les jeune premiers du répertoire chez Molière, Marivaux ou Musset puis les premiers rôles : Alceste, Cyrano, Hippolyte, Don Juan. Il évolue ainsi avec l’âge de ses personnages. "Dans Le jeu de l’amour et du hasard, par exemple, je commence par jouer le jeune frère, puis l’amant, puis le père de Sylvia. C’est cela qui faisait, je crois, la force d’une troupe à laquelle on reste longtemps lié. Outre ces grands classiques, il participe à la création de nombreuses pièces modernes: "Le Songe" de Strindberg, "Dialogues des Carmélites" de Bernanos, "Ondine" et "Électre"de Giraudoux...
En tout, il aura joué plus de 130 rôles. Dès l’instant où il est élu sociétaire, il s’intéresse à l’administration du théâtre. Son manuel de comptabilité dépoussiéré, il devient membre du comité d’administration. Et, lorsque plus tard Maurice Escande devient administrateur général, il le prend comme assistant.
"Sociétaire exemplaire"disent de lui ses pairs. En effet, il ne demande jamais de congé pour jouer à l’extérieur et tourne rarement dans des films. Il sera tout de même Aramis dans Les trois mousquetaires, le rôle-titre dans le Capitaine Fracasse et Louis XIV dans la série des Angélique, qui le rendra célèbre par delà sa génération.
Il paraît également dans une vingtaine de pièces à la télévision. En 1979, lorsque Pierre Dux quitte le poste d’Administrateur, Jacques Toja lui succède. Dès la rentrée, il doit assurer la célébration du Tricentenaire de la Comédie-française. Pendant son administration, il engage de nouveaux comédiens comme Richard Fontana ou Roland Bertin, fait reprendre les classiques du XXème siècle ("Les Corbeaux" de Becque, "Intermezzo" de Giraudoux) et confie des mises en scène à des personnalités très critiques envers la politique de la troupe (dont Jean-Pierre Vincent et Jacques Lassalle).
Par ailleurs, il adopte une politique de recherche de jeunes auteurs au Petit Odéon qui dépend alors de la grande maison : "La Comédie-française ne doit pas être seulement un conservatoire des œuvres du passé. L’idée directrice est d’avoir une troupe rompue à tous les styles et capable de jouer Molière mais aussi Ionesco ou Beckett" précise t-il.
Bien qu'il se consacre essentiellement à son poste d'administrateur, il n'oublie pas pour autant son métier de comédien pour deux de ses plus grands rôles: Verchinine dans "Les trois sœurs" de Tchekhov et Adolphe, le mari écrasé, torturé dans "Les Créanciers" de Strindberg qu'il incarne avec une sensibilité et une tension à la limite de la rupture.
A la fin de son mandat en 1983, il décide de continuer à défendre le répertoire contemporain, et crée à cet effet une fondation sous l’égide de la Fondation de France. Elle a pour vocation d’aider les théâtres privés et municipaux ainsi que les jeunes compagnies.
Dès le début, il obtient le soutien du Ministère de la Culture et de la Ville de Paris. Il sollicite alors plus de 400 chefs d’entreprise. Une cinquantaine lui répondent. Ils lui resteront fidèles. Huit ans plus tard, reconnue d’utilité publique, la Fondation qui porte désormais son nom quitte la Fondation de France, gagne son autonomie et coproduit déjà son trentième spectacle. Peu à peu, il noue des liens privilégiés avec certains théâtres (Comédie des Champs-Élysées, Palais Royal, Hébertot, Atelier, Bouffes Parisiens …) et se rapproche d’une famille d’auteurs (Loleh Bellon, Yasmina Reza, Jean-Claude Brisville, Jean-Marie Besset …), et de metteurs en scène (Jean-Pierre Miquel, Patrice Kerbrat, Régis Santon …)
Parallèlement, Jacques Toja organise "Les Rencontres du Palais Royal", met en scène "Mozart" de Sacha Guitry au théâtre de Tours (1985) et remonte sur les planches dans "Maison de Poupée" de Ibsen au Théâtre Boulogne-Billancourt (1986), "Le saut du lit" au Théâtre des Variétés (1988) puis deux ans plus tard aux côtés de Ludmilla Michael et Robin Renucci, dans "L’officier de la garde" de Molnar à la Comédie des Champs-Élysées. Son ultime rôle.
Dès lors, il se bat contre le cancer qui l’emportera six ans plus tard, le 23 mars 1996 à l'âge de 66 ans. "Il sut avec courage et dignité cacher ses souffrances. Il est parti avec le sourire léger de ceux qui font croire aux autres que la vie n’est qu’un passage joyeux et insouciant et que le plaisir de donner et de feindre le bonheur est le meilleur masque de la comédie" écrit son fidèle ami, Jean-Claude Brialy.
Promu Officier de la Légion d’Honneur en 1991, il avait conclut son discours ainsi : "Il ne me reste maintenant qu’à poursuivre ce qui a été entrepris, maintenir vivant le répertoire, l’enrichir si possible, et parallèlement augmenter la dotation de la Fondation afin qu’elle puisse, un jour, vivre par elle-même et, si possible, me survivre."
C’est chose faite. Depuis la disparition de son fondateur en 1996, elle poursuit activement sa politique de soutien, incitant les théâtres privés à prendre toujours plus de risques. Au total, plus de 90 spectacles ont à ce jour bénéficié de son aide.
Il repose désormais au cimetière de Nice, non loin de la place qui porte son nom.
Le site de la fondation :
http://www.fondation-jacques-toja.com/jeudecadres
La Plaque du Jour a été photographiée à Nice par la soeur d'un correspondant internaute, et je les en remercie tous les deux
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