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Nicolas-Joseph Cugnot est né à Void dans la Meuse le 25 septembre 1725, voici 280 ans.
Rien ne saurait mieux lui rendre hommage que l'article paru dans l'Auto Journal du 29 janvier 1970 :
"Créateur des premiers véhicules automobiles en 1769, puis en 1770, il paraît voué à l'oubli. Malgré l'occasion unique que nous a offert en 1970 le calendrier de réparer cette monstrueuse ingratitude, l'inventeur du moyen de transport qui allait transformer l'activité humaine demeure un inconnu.
Les anniversaires se suivent et ne se ressemblent pas. Le bicentenaire de la naissance de Napoléon en 1969 a été fêté à satiété, dans tous les domaines, pour le plus grand bonheur des historiens, polygraphes, graphomanes, numismates et antiquaires. Le cinquantenaire de la mort d'un des plus grands poètes français, Guillaume Apollinaire, a été célébré en 1968 à voix basse. Le bicentenaire de l'invention de Cugnot en 1770 est escamoté.
Tout d'abord il ne dispose à Paris que d'une ruelle ; la capitale où tant de médiocres ont trouvé leur voie, des hommes politiques les plus lamentables aux penseurs les plus inconsistants, en passant par tant de pantins dérisoires, n'a presque rien fait pour lui.
On peut observer ensuite qu'il est né à Void, dans la Meuse, précisément sur cette N 4 qui est le spécimen le plus attristant de notre "grand réseau routier" avec son étroitesse (deux voies de Sézanne à Vitry-le-François, soit sur 65 km !), son tracé sinueux (de Saint-Dizier à Toul), sa traversée de Ligny-en-Barrois, coupée de feux rouges : glorieuse exhibition, en vérité, pour les touristes allemands venant du pays des autoroutes sans péage !
Cugnot a, de son vivant, donné l'image du créateur malheureux. Il fut tout d'abord encouragé et aidé par le général de Gribeauval, l'homme qui donna à la France la première artillerie d'Europe à la veille de la Révolution. Puis cette Révolution ignora et oublia Cugnot qui, plus heureux que Lavoisier, se contenta de mourir dans la misère.
Et ce n'est pas tout ! Le sens prophétique du Meusien apparaît proprement extraordinaire. En effet son premier fardier, chargé de quatre personnes, se déplaça dans Paris, en 1769, à la vitesse de 9,5 km/h : c'est exactement la moyenne qu'atteignent, deux cents ans plus tard, un grand nombre d'autobus qui sillonnent la capitale. Peut-on imaginer une anticipation plus frappante ? Oui, car en voici d'autres.
Le véhicule de Cugnot était une traction avant, c'est dire qu'il misait sur une technique qui, longtemps négligée, est adoptée deux cents ans après par 70 % (en attendant mieux), des voitures fabriquées en France. En Europe cette disposition progresse également : après avoir été choisie par la British Leyland, elle a été retenue par Fiat pour sa 128. D'autre part ce fardier bicylindre ne possédait aucune boite de vitesses. On peut donc le considérer comme le pionnier de l'automatisme.., Cette formule qui progresse lentement parait assurée de triompher pour une raison fort simple : ses opposants, aussi nombreux que résolus, sont précisément ceux qui ne l'ont jamais expérimentée. Sur ce point encore, Cugnot se range dans l'avant-garde.
Mais, dira-t-on, ce fardier prophétique présentait sur un point précis une faiblesse caractérisée : il ne possédait pas la moindre suspension. C'est vrai, mais deux cents ans plus tard, certains modèles, produits par des firmes, géantes et considérés comme modernes par des clients de bonne volonté séduits par leur plumage (le fardier était moins élégant mais plus pittoresque) ne disposent que de suspensions symboliques : leur fermeté et leur inconfort ne paraissent pas tellement éloignés de ceux que l'on devait trouver sur les prototypes du XVIIIe siècle, dont la version 1770 offrait d'ailleurs 4 à 5 tonnes de charge utile. L'automobile qui reste parfois fidèle aux suspensions paléolithiques affiche ainsi le culte de la préhistoire.
Que ne garde-t-elle plutôt le culte de ses plus grands hommes !"
Nicolas Cugnot est décédé à Paris le 2 octobre 1804 à l'âge de 79 ans.
Le texte de Gilles Guéritault est toujours d'actualité. Le bicentenaire de la mort de Cugnot en 2004 n'a fait l'objet d'aucune célébration particulière. Les voitures s'exposent, toujours plus perfectionnées, mais à la fiabilité qui tend à nouveau vers l' aléatoire. Le culte est rendu à l'automobile, voire à UNE automobile, et pas à ses concepteurs. Ainsi, la DS lancée elle aussi en son temps dans des conditions de fiabilité calamiteuse (les modèles en panne étaient subrepticement ramenés à Paris pour réparation à l'insu de leur propriétaire !) a brillamment fêté son cinquantenaire en 2005.
Le site source magnifiquement illustré qui rend hommage à Nicolas-Joseph Cugnot est ici :
http://pboursin.club.fr/cugnot.htm#jcugnot
La Plaque du Jour a été photographiée à Paris, dans la ruelle mise avec raison à l'index par l'auteur du texte. Elle est de surcroît non légendée.
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