La plaque du jour

Aujourd'hui Mardi 3 Mars 2026, 62ème jour de l'année
Nous fêtons les Guénolé (patron des femmes de marins)

Arrière-petite fille de Fragonard et épouse du frère d'Édouard Manet, Berthe Morisot longtemps méconnue est la seule femme peintre impressionniste. Elle est décédée à Paris selon mes premières sources le 3 mars 1895, mais d'autres sites explorés s'entendent sur la date du 2 mars. Puisque nous sommes le 3, et que le 2 mars Serge Gainsbourg occupe une place immense et une unique plaque, je n'ai d'autre choix, alors que peu de femmes figurent sur les plaques de nos rues, que celui de vous apprendre ce 3 mars, comme vous le liriez dans votre journal, que Berthe Morisot est morte hier à l'âge de 54 ans...

Elle était née à Bourges le 14 janvier 1841. C'était la troisième fille d'un préfet du Cher, Tiburce Morisot, homme très cultivé qui aurait aimé être architecte. Fidèle à la monarchie, il présenta en 1848 sa démission au gouvernement républicain. Pour éduquer ses trois filles, il leur fit donner des leçons de dessin. Bientôt alors que Berthe et Edma se distinguaient, leurs parents leur firent suivre les cours du peintre Guichard. Guichard, pressentant les dons des deux soeurs leur dit : «C'est maintenant Corot qu'il vous faut». Toutes deux entrent dans l'atelier du vieux maître qui viendra tous les mardis dîner chez les Morisot. Mme Morisot ne voulut pas contrarier l'enthousiasme de ses filles pour la peinture mais seule Berthe eut la force de braver les pressions sociales et d'aller jusqu'au bout de son rêve de devenir une grande artiste alors que Corot s'émerveillait de sa facilité.

Copiant les oeuvres du Louvre, elle rencontre Fantin-Latour. Dès 1864, elle envoie deux toiles au Salon : "Étude" et "Nature morte", qui sont remarquées par la critique. Deux ans après, La Vue de Paris prise des hauteurs du Trocadéro, en aval du pont d'Iéna, attire l'attention de Manet qui lui demande de poser pour lui. Il exécute d'elle une suite d'admirables portraits et elle figure dans "Le Balcon".

Au début de la guerre de 1870, Berthe Morisot refuse énergiquement de quitter Paris. Les frère Manet s'engagent dans la garde nationale, Degas dans l'artillerie : "Il est à la recherche d'un bruit de canon, voulant savoir s'il supporte les détonations de ses pièces" (écrit Mme Morisot à ses filles). Mais Berthe Morisot, rapporte John Rewald dans son "Histoire de l'Impressionnisme", n'avait pas une très haute opinion de ces guerriers. De Manet, elle dira qu'il "a passé le temps du siège à changer d'uniforme", tandis qu'elle considérait Degas "Toujours le même, un peu fou, mais charmant d'esprit" (Berthe Morisot à sa soeur Edma, 21 février 1871).

Berthe Morisot avait gardé malgré tout une "haute opinion" du frère de Manet, Eugène, puisqu'elle l'épouse en 1874. En 1882, le couple s'installe dans leur maison de la rue Villejust .Elle s'engage à fond avec les impressionniste et participe à leur première expositions, faisant preuve de fidélité non seulement à ses amis mais aussi à cet art auquel elle était si intimement liée. Elle est toujours entourée des plus grands peintres de son époque, Degas, Renoir, Puvis de Chavanne, Manet, Monet, mais elle ne fera jamais que chercher sa propre voie en refusant toute influence.

Sa peinture et ses aquarelles sa caractérisent par une délicate harmonie de la couleur et de la lumière. C'est Berthe, aidée de son mari, qui met sur pied la dernière exposition des impressionnistes de 1886, où elle expose une douzaine de peintures. Elle travaille alors beaucoup dans le Midi et en Touraine : "Aux vives attaques du pinceau, écrit Jean Bouret, à l'ivresse de la lumière succédera, dans sa dernière période, le rythme continu de la touche, véhiculant un coloris moins direct, plus profond, plus mystérieux, transposant secrètement la tristesse de l'artiste, qui a perdu, à ce moment, son mari." La spiritualité de ses oeuvres finales est d'une finesse remarquable.

Eugène Manet mourra en 1892, et elle finira par en tomber malade. Confiant sa fille de 17 ans Julie Manet, à son ami et poète Stéphane Mallarmé en tant que tuteur ainsi qu’à Auguste Renoir pour son éducation de peintre, elle disparaît en effet trois ans plus tard après une courte maladie.

Elle repose désormais au cimetière de Passy, non loin de son beau-frère, Edouard Manet.

Julie Manet a beaucoup œuvré par la suite pour la mémoire de sa mère, facilitant le catalogue raisonné de ses œuvres paru seulement plus d'un siècle après, en 1998.

Quelques tableaux de Berthe Morisot sont restées à Paris au musée d'Orsay et au musée Marmottan, mais l'essentiel de son œuvre est dispersé dans quelques musées du monde, surtout américains, et dans des collections particulières.

C'est sans doute rue Villejust que fut peinte la toile vendue à Drouot le 5 juillet 2002. Il s'agit d'un fragment d'une étude pour l'huile sur toile "Le Piano", à laquelle Berthe Morisot travailla pendant plus d'un an. On dénombre 8 dessins, un pastel et deux autres huiles sur toile préparatoires à ce tableau. Le portrait de profil où l'on entrevoit comme sur une photo la tête de Julie Manet représente Jeannie Gobillard, nièce de l'artiste, qui posa pour plusieurs tableaux, le dernier peu avant la disparition de sa tante. Le succès de la vente traduite par 115.000 euros, somme supérieure à son estimation, fait écho à celui remporté par la rétrospective organisée au musée des Beaux-Arts de Lille.

La dernière grande exposition qui a été consacrée à Berthe Morisot à Paris a eu lieu à la Galerie Hopkins et Thomas en 1987 tandis que l'année suivante elle était présentée pour au moins la 4e fois aux Etats Unis, au Kimbell Art Museum de Dallas.

La Poste française a représenté un de ses tableaux "Le Berceau" sur un timbre à 6,70F du programme de l'année 1995, pour le centenaire de sa disparition.

Sources :

http://p.giroud.free.fr/bio_morisot.html

http://membres.lycos.fr/berthemorisot/

Pour connaître "Le secret de la femme en noir", le livre de Dominique Bona :

http://culture.revolution.free.fr/critiques/Dominique_Bona-Berthe_Morisot.html


La plaque du Jour a été photographiée par un ami internaute, Éric, à La Ville aux Dames, près de Tours. La vlle a la particularité louable et unique d'avoir consacré l'essentiel de sa voirie à honorer des célébrités féminines.


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