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Chef scout, Routier de légende, écrivain, et journaliste, Guillaume Boule de Larigaudie connu sous le nom de "Guy de Larigaudie", est né à Paris, rue Stevens, le 18 Janvier 1908.
Par son père on fait remonter ses ancêtres en Périgord, dans leur demeure des Gérauds, au village de Saint Martin de Ribérac, depuis 1525. C'est aux Gérauds qu'il passa les années de la première guerre mondiale, tandis que son père était mobilisé. Ce séjour campagnard qui dura de 1914 à 1920 le marqua profondément. Revenu à Paris, il entre dans le scoutisme en 1923. Il fait sa promesse 6 mois plus tard dans une clairière d'Ile de France. Jamais au cours de sa vie mouvementée, de ses échecs et surtout de ses succès, jusqu'au moment pathétique de sa mort pressentie, il n'oublia cette promesse. La découverte de la méthode de Baden Powell ne pouvait que renforcer ses aspirations personnelles.
Il poursuit ses études et devient bachelier en 1926. Il s'interroge alors sur sa vocation et se demande s'il ne sera pas missionnaire. Il entre au Séminaire d'Issy et étouffe bientôt entre ses murs. A l'été 1927, il est obligé de partir au Périgord pour se reposer, et tâcher de trouver un équilibre entre ses aspirations et ses possibilités. En 1929, ses parents l'envoient à Villard de Lens pour compléter une guérison problématique. Dans l'air vivifiant des Alpes, il se découvre un énorme appétit de vivre et une vocation pour l'écriture.
En octobre 1930, il doit faire son service militaire au 6ème Régiment de Cuirassiers stationné à Verdun. La vie au grand air lui convient très bien et il se passionne pour les chevaux, trouvant les officiers "épatants" et ses camarades "de braves types". Il fait un stage à Saumur et passe au 9ème Dragons à Epernay. Pour un peu la carrière militaire le tente, mais il est démobilisé en 1931 et à 24 ans, se doit de trouver un emploi.
1932 restera pour lui une année noire quand, de guerre lasse, il se présente au Q.G. des Scouts de France et demande au rédacteur en chef de la revue, Maurice de Lansaye, de lui publier quelques nouvelles ou contes qu'il a dans une sacoche. Une amitié entre Guy de Larigaudie et Maurice de Lansaye se noue bientôt. Une intelligence entre "gens de plume", puisque le rédacteur du "Scout de France" a lui-même publié un roman chez de Gigord, "L'aventure du roi Torla". Il commande alors à Guy un roman pour la revue. Et c'est la sortie de "Yug" (anagramme de son prénom) qui paraît en feuilleton début 1933.
Entre ses préoccupations de travail, Guy de Larigaudie poursuit aussi des études de droit et consacre ses loisirs auprès d'une troupe scoute dont il a pris la direction à Montmartre. Il s'occupe avec dévouement et affection des garçons de cette unité, et non seulement, il consacre ses dimanches à organiser des grands jeux dans les bois de Verrières, mais il ne se passe pas de jour qu'il n'ait un lien avec ses CP, ou tel scout en difficulté.
Il nourrit son inspiration littéraire du scoutisme vécu avec sa troupe et au cours des différents camps. En effet, "Yug" est un succès et son ami Maurice de Lansaye* le présente chez de Gigord où le roman est repris dans la collection "Feu de Camp" et paraît , cette fois en livre, en octobre 1933. Au même moment, Guy est reçu à son examen de droit et se voit commander de nouveaux manuscrits. Il écrit successivement "Raa la buse", "L'îlot du grand étang" et donne une suite à Yug avec "Yug en terres inconnues". Il quitte la direction de sa troupe pour entrer à la Route naissante, où il découvre le Père Doncoeur* qui transcende "la Route du succès" de Baden Powell.
Le 24 décembre 1933, il participe à l'un des premiers Noëls routiers, celui de Larchant en Seine et Marne. A l'issue de la veillée, il fait son départ Routier.
En août 1935, il part pour les Etats-Unis en empruntant le nouveau paquebot "Normandie". Il parcourt ensuite le continent nord-américain, ayant prévu des arrêts à Washington, Saint-Louis, Santa-Fe, Los Angeles, San Francisco. Tout lui est bon pour découvrir le pays, depuis la conférence sur la France qu'il fait devant un public enthousiaste à l'Université de Californie, aux rassemblements indiens du Colorado en passant par Hollywood où il a la chance de fréquenter quelques "stars" du cinéma de l'époque.
Au début de 1936, il est à Tahiti où il est littéralement envoûté par les îles. De retour aux USA, sans argent, il fait la plonge à San Francisco puis il poursuit sa route et termine par Montréal auprès des scouts canadiens. Il revient en France sur un cargo où il commence son nouveau livre "Par trois routes américaines". A son arrivée, le 23 mai 1936, il ne lui reste qu'un franc cinquante en poche et il reprend contact avec le scoutisme.
Maintenant connu des éditeurs et de la presse où il a ses entrées, il prépare avec un autre routier, Roger Drapier, un raid automobile qui devrait relier Paris à Saigon : 12 000 kilomètres à vol d'oiseau, sept mois en automobile, 22 000 kilomètres au volant, et la première liaison entièrement par terre pour le simple et beau plaisir de courir l'aventure. Il déniche un vieux cabriolet Ford Roadster, modèle A, type 40B, de 1930, ayant déjà roulé 70 000 kilomètres et l'achète pour 5 000 francs. Tous deux le baptisent Jeannette. De nombreuses difficultés surgissent : des officiels leur déclarent : " Paris - Saigon en automobile, c'est absolument impossible !". On leur offre le revolver Smith & Wesson de Buffalo Bill pour qu'ils se défendent contre les bêtes sauvages.
Après une traversée des Indes sans problèmes par Delhi, où le vice-roi, chef scout des Indes, leur accorde une audience, Bénarès et Calcutta, ils se confrontent aux portes de l'infranchissable : les bouches du Gange. Aucune route entre Calcutta et Chittagong, seule une voie de chemin de fer sur digues et pilotis ; il faut franchir des marais, des rizières et 40 rivières en moins de 100 kilomètres sans passerelle ni pont. Les cours d'eau sont traversés à gué ou au cabestan à câbles d'acier, fixé à un arbre solide, ce qui leur prend chaque fois plusieurs heures, enfoncés dans la vase jusqu'aux genoux. La piste serpente à travers les rizières puis rencontre à nouveau une rivière dont les berges sont à pic. Ils vont alors rouler sur la voie ferrée, une roue sur la partie extérieure des traverses, une autre sur le ballast ou sur l'un des rails. Sous un soleil implacable, ils progresseront de 43 kilomètres en quatre jours.
À Goalundo, un petit sampan est affrété pour descendre le Gange. Vers minuit, alors que tout dort à bord, l'embarcation chavire. Guy et Roger sont projetés dans le fleuve et se réveillent au fond de l'eau. La voiture, dans l'eau jusqu'au milieu du radiateur, est heureusement retenue par des bambous. La catastrophe aura été évitée.
À Tangup, la Jeannette s'engage sur une piste non carrossable, qui n'avait jusqu'alors jamais été empruntée par un véhicule à moteur. Cette traversée d'une semaine de la chaîne birmane sera un véritable cauchemar : jungle impénétrable infestée de tigres mangeurs d'hommes et d'éléphants sauvages. Le chemin est si étroit que la voiture roule presque toujours avec un pneu en équilibre au flanc du talus. Les tournants en éboulis sur des à-pic de 600 mètres se multiplient. Il faut attacher la voiture à des troncs d'arbres au flanc de la montagne et passer au levier avec deux roues dans le vide. Le plus épuisant est de vider continuellement la Jeannette pour l'alléger, de la recharger après l'obstacle pour recommencer 100 mètres plus loin. La consommation fut de 70 litres aux 100 kilomètres, au lieu de 14 habituellement.
Le 7 mars 1938, ils font une entrée triomphale à Hanoi où Guy et Roger sont acclamés par une foule nombreuse et escortés par des cinéastes, reporters, photographes venus pour informer le monde entier de la réussite de ce raid exceptionnel, réalisé sans la moindre assistance technique et avec de très petits moyens. Le 29 mars 1939, à Saigon, but du voyage, l'association cochinchinoise de scoutisme organise une fête grandiose en l'honneur des deux héros. Guy, dont le totem scout est " panthère au beau soleil " déclare avant de rentrer en France : " Il est peu de joie aussi pure qu'un beau rêve réalisé ! ".
La "Jeannette" est vendue aux enchères, rachetée par une meute de louveteaux (soutenue par leurs parents) qui la rend aux deux Routiers (restée en Indochine, il semble que cette pièce historique n'ait pas résisté à l'invasion japonaise qui rafla tous les métaux !), tandis que Ford leur offre une voiture neuve. Les deux compagnons se séparent le 12 mai 1938. Le sujet de leur voyage fait l'objet d'un nouveau livre : "La route aux aventures" écrit sur le bateau du retour alors que Guy avait appris que Plon acceptait son manuscrit, "Résonance du Sud".
Alors que les ordres de mobilisation commencent à être envoyés, on annonce, en août 1939, la sortie du livre La Route aux Aventures. Un journal parisien écrit : "Ce livre est aussi extraordinaire que les romans de Jules Verne ; le leur comparer serait toutefois, semble-t-il, le diminuer... Il vaut mieux, à son propos, évoquer les récits des grands explorateurs polaires ou La Croisière jaune et La Croisière noire...".
Dominique Lapierre, auteur de la Cité de la Joie, dans son livre Mille Soleils, n'hésite pas à comparer l'exploit fabuleux de ces deux scouts à la traversée de l'Atlantique par Lindbergh ou la descente du Congo par Livingstone. Dans la postface de la BD (voir photo), il ajoute : " Larigaudie et Drapier devinrent mes modèles, mes maîtres, mes idoles… Ce raid extraordinaire fut le détonateur de mon existence. Il me poussa sur les routes du monde pour y jouer à mon tour le beau jeu de ma vie... ".
Peu avant le 2e conflit mondial, il met la dernière main à un livre sur le Périgord auquel il pensait depuis plusieurs années et qu'il intitule "Le chant du vieux pays".
La guerre le surprend alors qu'il avait déjà écrit une grande partie de ce qui fut plus tard "Etoile au grand large" et qui reste encore pour beaucoup un maître livre de réflexions et de pensées.
Cavalier émérite, il eut la chance de servir dans la cavalerie. Dernier chevalier d'une époque révolue. Le soir du 11 mai 1940, il tomba à Musson, mortellement frappé à 32 ans, alors qu'il animait un terrible combat au corps à corps à la frontière du Luxembourg. On retrouva sur lui une lettre qu'il n'avait pas eu la possibilité de poster, et qui indiquait clairement qu'il avait pressenti sa fin. Parlant du scoutisme auquel il pensa jusqu'au bout, il en disait: "J'avais rêvé de devenir un saint et d'être un modèle pour les louveteaux, les scouts et les routiers... L'ambition était peut-être trop grande pour ma taille, mais c'était mon rêve..."
Il repose à St Martin de Ribérac, en Périgord, et sa famille publiera après la Libération un recueil de ses pensées et ses lettres sous le titre d'"Etoile au grand large" et "Le beau jeu de ma vie". Ces ouvrages ont été souvent réédités, tant son aventure intérieure reste un modèle pour toutes les aventures.
Pour en savoir plus :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Guy_de_Larigaudie
La Plaque du Jour a été photographiée à Ribérac, en Dordogne. Je possède le livre de Guy de Larigaudie retraçant son périple Paris-Saïgon. Je l'ai trouvé par hasard au cours de l'été 2003 chez un bouquiniste des quais de Seine à Paris.
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