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Emile Goudeau, poète, romancier et journaliste, est né dans l’actuelle rue Président Wilson à Périgueux le 29 Août 1849. Il est le fils de Germain Goudeau, (1814-1858), le frère de Léo, et le cousin de l'écrivain Léon Bloy.
L' âge venu, il monte à Paris pour occuper un emploi dans un Ministère, et c'est une occupation qui ne durera pas.
Son frère, Léo, lui aussi arrivé dans la capitale écrit sous le pseudonyme de Léo Niversac dans la revue du « Chat Noir » du 4 octobre 1884 : « Je suis originaire de Périgueux, et j’en suis fier. Voyez. Sur trente et quelques millions de français, il n’y en a qu’une vingtaine de mille à peine qui ont eu l’honneur de voir le jour dans cette séduisante localité. »
Le 11 Novembre 1878 dans un café du 5eme arrondissement de Paris, Emile Goudeau a 29 ans et il crée le "Club des Hydropathes" Ce nom peut être la suite d'un jeu de mot avec son nom à consonance de"Goût d'eau", hydropathe pouvant signifier "qui souffre de boire de l'eau", par dérision avec les boissons fortes qui avaient la faveur du moment.
Le ton est donné par les statuts du Club : "Art. I. L'assemblée des hydropathes se compose de la sonnette du président Émile Goudeau. Art. II. La susdite sonnette est chargée de faire appliquer le présent décret."
Le Club accueille des figures marquantes de la littérature du moment. "Parmi ces Hydropathes portés sur l’absinthe, le jeune Aristide Briand a l’occasion d’entrevoir et peut-être de connaître des poètes comme Raoul Ponchon, Jean Moreas, Edmond Haraucourt l’auteur de « La Légende des sexes », Jean Richepin, Charles Cros, l’étrange compositeur et poète Maurice Rollinat, auteur des « Névroses », le chansonnier et dessinateur André Gill, des humoristes comme Alphonse Allais ou Xanrof, des polémistes comme Léon Bloy ou Laurent Tailhade, de futurs académiciens comme Maurice Donnay ou Paul Bourget, et même Sarah Bernhardt. Briand, peu porté sur la poésie, se contente d’observer et de vider des bocks en compagnie des Hydropathes. Au cours des années suivantes, le groupe se disperse. Les uns se rangent et font fortune, comme Paul Bourget. Les autres transportent leur misère sur la rive droite et se regroupent au Chat noir."
Extrait de Aristide Briand, la paix : une idée neuve en Europe de Bernard Oudin (1987, pp. 32-33)
Par ailleurs, comme dans tous le Quartier Latin, les versificateurs chantent leurs chansons ou récitent leurs poèmes devant un public improvisé et parfois chahuteur.
Après quelques pianos cassés dans les brasseries, le poète-chansonnier Rodolphe Salis les accueillit à Montmartre au Chat noir, heureux de pourvoir son établissement d'un lustre poétique et d'une ambiance "artistique".
Sortiront aussi 8 numéros du "Journal de l’Hydropathe » qui annoncera sa disparition pour vieillissement prématuré en 1880 et son mariage avec la rive droite pour devenir « le Tout Paris » avec naturellement beaucoup de parisianisme en traversant les ponts de la Seine.
Emile Goudeau devient le rédacteur en chef de ce nouveau journal qui annonce d’emblée que « la politique sera mise dehors, elle chassera l’esprit… »
Emile Goudeau prend le pouvoir du cercle des Hirsutes (groupe de dissidents plutôt jeunes du club des Hydropathes), créé en septembre 1881, au détriment de Maurice Petit, le 12 Mars 1882, grâce à son ami Léo Trézenik.
Selon sa définition, : « Les Hirsutes sont aux Hydropathes ce que la révolution de 1830 a été à 1789. »
A L'origine de Le journal Paris-Nord annonçant la démission du Président Petit, oblige celui-ci à le faire réellement, lors d’une soirée officielle réunissant les Hirsutes, qui savaient que Goudeau et Trézenik en étaient les putschistes !
Applaudissements à l’arrivée de Goudeau, déclaration officielle par Maurice Petit sous la menace de Léo, lecture de la lettre de démission écrite par Trézenik, et Petit quitte Paris après cet affront public sous le prétexte d’un long voyage.
Les Hirsutes ouvrent de nouveau leur porte le vendredi aux artistes, au public, aux fumistes (groupe dont faisait partie Alphonse Allais), après un sommeil ennuyeux provoqué par l’ancien président pourtant fondateur avec Goudeau.
Journaliste, Emile Goudeau a parfois preuve d'un réel talent dans ses récits, tel cette description de l'effervescence autour de la construction de la Tour Eiffel, début 1889 :
"Une épaisse fumée de goudron et de houille prenait à la gorge, tandis qu'un bruit de ferraille rugissant sous le marteau nous assourdissait. On boulonnait encore par là; des ouvriers, perchés sur une assise de quelques centimètres, frappaient à tour de rôle de leur massue en fer sur les boulons (en réalité les rivets); on eût dit des forgerons tranquillement occupés à rythmer des mesures sur une enclume, dans quelque forge de village; seulement ceux-ci ne tapaient point de haut en bas, verticalement, mais horizontalement, et comme à chaque coup des étincelles partaient en gerbes, ces hommes noirs, grandis par la perspective du plein ciel, avaient l'air de faucher des éclairs dans les nuées."
Romancier, il est l'auteur de "Voyages de découvertes du célèbre A'Kempis à travers les Etats-Unis de Paris."Dessins de Henri Rivière. Paris, Jules Lévy,1886
En 1888, il sort son plus fameux ouvrage : « Dix ans de bohème ».
Ce dernier contenant de nombreuses informations sur la vie littéraire de l'époque, vient d'être réédité en 2000 chez Champ Vallon et 574 pages, avec l'aide de Michel Golfier et Jean-Didier Wagneur qui mettent les destins en perspective à coup de notes de bas de page et de documents annexes. Avec le concours de Patrick Ramseyer, spécialiste hors pair de la recherche biographique qui a contribué au "dictionnaire des hydropathes" final, le volume est entré dans la catégorie des ouvrages de référence.
Emile Goudeau a commis quelques recueils.
Voici extrait de « Fleur de bitume », le poème « La Marche ».
« J’ai mis trop loin, trop haut le rêve de ma vie,
Vision d’avenir aimée et poursuivie,
A travers de longs jours de deuil,
J’étais parti joyeux, sans regarder derrière,
Lutteur, je me fiais à ma force guerrière,
Et je n’avais que de l’orgueil…
J’ai compté bien longtemps les bornes de la route ;
Et disais : « En marchant de la sorte, sans doute
J’arriverai là-bas, ce soir ! »
Et les pas succédaient aux pas, les vals aux côtes ;
Mes rêves étaient loin et les étoiles hautes,
Et le ciel bleu devenait noir…
Désirer ! Devenir ! C’est la loi de la nature !
Marche encore et toujours ! Marche ! si d’aventure
Tu touchais ton but de la main, laissant derrière toi l’oasis et la source,
Vers un autre horizon tu reprendrais ta course :
Tu dois mourir sur un chemin ! »
Georges Lorin, co-hydropathe, prononça quelques mots en vers sur la tombe d’Emile Goudeau, mort dans la pauvreté à l'âge de 57 ans le 18 septembre 1906, au 9 de la rue de Courcelles, dans le 17eme arrondissement de Paris :
« Voici quelle fut ta devise,
Goudeau : Je rime… et j’improvise !
[…]
En deuil, tu ne veux point ternir
La gaieté de ton souvenir.
[…]
C’est pourquoi
Nous jetterons, sans front morose,
Sur toi, non des pleurs, mais des roses ! »
Source :
Différents sites, et le numéro spécial du jeudi 14 mars 2002 de la revue « Hydropathes club-poésie » de Périgueux, pour l’inauguration le même jour à Périgueux sa ville natale, de la Place Emile Goudeau, précédemment Place du Musée.
A Paris la Place Emile Goudeau existe depuis fort longtemps, elle a été dénommée par arrêté du 20 février 1911, et elle a l'honneur de compter parmi ses constructions, le célèbre "Bateau-Lavoir" accroché aux pentes de Montmartre. Initialement manufacture de pianos, en 1889 la batisse est transformée en cité d'artistes ce qui répond à la demande des nombreux artistes étant à la recherche d' un atelier à loyer modique doté d'une large surface vitrée. Le surnom de "bateau lavoir"a pu ètre donné par Max Jacob ou André Salmon, probablement en raison de l'étrange morphologie du batiment: on y accède par le haut , et comme il est adossé aux pentes d'une carrière on descend vers les ateliers.
Ce lieu de création mythique accueillit Gauguin, Modigliani, Van Dongen, et surtout Picasso.
Il existe à Paris une Association active Emile Goudeau :
http://membres.lycos.fr/assoeg/asso.htm
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