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Aujourd'hui Vendredi 10 Avril 2026, 100ème jour de l'année Nous fêtons les Fulbert |
En promenade dans son parc un dimanche après-midi, le 10 avril 1825, Paul-Louis Courier, « publiciste », s'écroulait mortellement blessé par le tir d’une arme à feu à l’âge de 53 ans.
La police n’était pas encore scientifique, mais la bourre qui entourait encore la balle extraite de son corps était constituée d’un fragment de journal provenant de l’ exemplaire auquel il était abonné et signait le crime d’une proche. Un de ses domestiques fut rapidement arrêté, puis acquitté, même s’il ne survécut pas à la vérité qui jaillit fortuitement cinq années plus tard.
Le décès de Paul-Louis Courier né en 1772, n’a pas mis abrégé une carrière littéraire puissante ou fulgurante, elle a mis le mot fin à l’histoire d’un pamphlétaire érudit, passionné d’art et de philosophie de la Grèce antique. Il fut aussi un militaire pour le moins atypique sous Napoléon.
L’ anecdote est restée célèbre dans l’école d’artillerie de Chalons où il cherchait à rentrer à l’âge de 19 ans :
- Monsieur, parlez nous de l’hydrostatique, lui demanda l’examinateur.
- Je n’en sais pas le premier mot, mais si voulez bien m’accorder un peu de temps, je m’en informerai.
Contre toute attente, le délai lui fut accordé et il passa brillamment l’examen de sous-officier.
Il était cependant aussi indiscipliné que désinvolte, et partit un jour sans congé et sans prévenir personne pour embrasser sa mère en Touraine après le décès de son père.
Sa mère, il lui avait écrit une fois depuis sa garnison de Thionville pour lui demander l’envoi d’ouvrages d’orateurs grecs en lui disant ceci : « « Mes livres font ma joie et presque ma seule société. Je ne m’ennuie que quand on me force à les quitter. J’aime surtout à relire ceux que j’ai déjà lus nombre de fois, et par là j’acquiers une érudition moins étendue, mais plus solide. »
Pendant l’été 1807, ayant eu ordre de venir rejoindre son régiment à Vérone, il s’amusait près de Portici à traduire du Xénophon, s’attardant en chemin à Rome, et n’arrivant à Vérone qu’à la fin de janvier 1808. Il fut bien entendu mis aux fers à son arrivée. Il raconte tout cela dans des petites notes fort piquantes mêlées à ses lettres et donne même l’impression de s’en glorifier.
Ses frasques ne manquaient pas de crânerie, et il y avait de l’imitation de l’antique dans ces folies de lettré mal discipliné.
Il suivit à sa manière les armées d’Italie. Tout en servant, il écrivit des petits chefs-d’œuvre épistolaires, travaillés avec une amoureuse complaisance, à des parents, des amis, des savants de France.
Avec ce goût pour les choses de l’art et de l’esprit, son goût médiocre pour le grand art de massacrer les hommes ne put beaucoup s’augmenter.
« De quoi pourrais-je vous entretenir, - écrit-il un jour à un de ses correspondants archéologues qu’il avait connu en garnison à Toulouse. - De folies tantôt barbares, tantôt ridicules, auxquelles je prends part sans savoir pourquoi ; tristes farces qui ne sauraient vous faire qu’horreur et pitié, et dans lesquelles je figure comme acteur de dernier ordre. Toutefois, il n’est rien dont ne puisse faire bon usage. Je dois à ces courses des observations, des connaissances, des idées que je n’eusse jamais acquises autrement. : et ne fût-ce que pour la langue, aurais-je perdu mon temps en apprenant un idiome composé des plus beaux sons que j’aie jamais entendu articuler ? »
Partout en Italie, l’officier cherche avant tout un souvenir, une épitaphe, une ruine, un vestige du passé. Les mutilations, le vandalisme de la guerre, lui navrent l’âme.
En 1809, commandant d’artillerie à Livourne, il donne sa démission de l’armée qui fut acceptée le 15 mars. Peut-être pour assister à une bataille où Napoléon commanderait en personne, il s’emploie presque aussitôt par ses amis à se faire réadmettre dans l’armée.
Chose faite et après diverses péripéties de second ordre qu’il goûta peu, il pria le Général Lariboisière de rayer définitivement son nom de tous les contrôles et revint à Strasbourg un mois après en être parti, ne se considérant pas comme engagé, n’ayant encore reçu ni solde ni brevet.
La même année il séjourna à Florence, où se joua une anecdote qui compta dans sa vie et le tourna vers la querelle et le pamphlet : « la tache faite à un manuscrit »
A la bibliothèque San Lorenzo, il examinait un manuscrit de Longus pour se convaincre qu’il se présentait une lacune dans toutes les éditions, et il trouva effectivement un fragment inédit de plusieurs pages qu’il s’appliqua à recopier. Par suite, il voulut laisser un marque-page et employa étourdiment une feuille tachée d’encre fraîche. Ce papier s’étant collé au feuillet, y fit une tache indélébile qui couvrit quelques mots. On devine son dépit, à lui qui avait tant de respect des livres et des objets. L’affaire grandit quand des envieux de sa trouvaille lui reprochèrent d’avoir voulu se réserver le monopole du fragment, et l’amena même à écrire un mémoire imprimé pour livrer au ministre sa version de l’affaire.
Cette affaire fit du bruit en Italie. Une polémique semble vouloir s’engager, mais le gouvernement intervint et imposa silence à tout. Courier alors vécut paisible et libre. Peut-être le dut-il un peu à l’étonnante indulgence de l’Empereur à son égard qui un jour voulut savoir ce qu’ était qu’un officier retiré à Rome qui faisait imprimer du grec. Sur ce qu’on lui en dit, il le laissa en repos.
Paul-Louis Courier fut pourtant toujours sévère jusqu’au paradoxe et à l’injustice pour Napoléon.
Armand Carrel ( Autre publiciste tué en duel Par Emile de Girardin) biographe et préfaceur de ses œuvres, a écrit par ailleurs :
« Il ne savait pas ce que c’était que la guerre comme Bonaparte la faisait. Il ne vit rien, il ne comprit rien, ne sut que faire pendant les 48 heures qu’il passa dans la célèbre île de Lobau, pendant la grande destruction d’hommes d’Esssling et de Wagram. La fatigue, la faim, eurent bientôt raison de lui. Il tomba d’épuisement au pied d’un arbre, et ne se réveilla qu’à Vienne où on l’avait transporté. Aussi prompt à revenir qu’à se prendre, il quitta la ville autrichienne comme il avait quitté Paris, sans permission, sans ordre, et alla se remettre en Italie des épouvantables impressions qu’il était allé chercher à la Grande Armée. »
(Il possédait une chance insolente pour sa conduite car d’autres en temps de guerre et de tous temps, furent passés par les armes pour bien moins !)
Après ces temps chaotiques, il se maria à l’âge de 42 ans, joua les propriétaires fonciers « vigneron bourru », et exercé par sa « tache faite à un manuscrit » chercha des causes et des querelles avec une verve satirique qui lui valut des procès à sa grande joie, parce qu’il y recueillait un surcroît de popularité, pourfendant ses détracteurs par des répliques sans appel et quelquefois clandestinement imprimées et distribuées. En cela le publiciste.
Sa fin fut telle que contée au début, par un jour de printemps semblable pour la nature à celui d’un 10 avril du XXIe siècle.
Source : « Biographies du XIXe siècle », Ant. Ricard Librairie Bloud et Barral, 1902.
Pour connaître la liste de ses écrits :
http://classiques.uqac.ca/classiques/Courier_Paul_Louis/Courier_Paul_louis.html
La plaque du jour a été photographiée à Rennes par un ami internaute.
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