La plaque du jour

Aujourd'hui Samedi 27 Juin 2026, 178ème jour de l'année
Nous fêtons les Fernand et les Fernande

Sophie Germain, probablement la première femme mathématicienne, est décédée le 27 juin 1831 d'un cancer du sein à l'âge de 55 ans. L'officier d'état civil chargé de rédiger son acte de décès décida de son propre chef qu'inscrire "mathématicienne" semblait inconvenant et que "rentière" serait plus simple et plus approprié.

Ce n'est que le dernier acte d'une reconnaissance confidentielle. Brillante autodidacte, estimée par quelques uns de ses pairs, elle s'est heurtée à l'intransigeance de son époque envers les femmes savantes.

Sophie Germain qui comme dans une farce s'est fait connaître sous le nom de Monsieur Le Blanc, était née un 1er avril, en 1776, à Paris et avait deux sœurs aînées dont on ne parle pas plus que de sa mère. Son père, Ambroise-François Germain marchand de soie en bottes à l'enseigne du "Cabas d'or", cultivé et grand lecteur de l'Encyclopédie, siégea parmi les députés du Tiers-état à la Constituante de 1789. Sa famille bourgeoise était issue de plusieurs générations de commerçants. Lui-même est proche des idées des philosophes et a des espoirs de réformes sociales, économiques et financière du ministre Turgot. Il est non-violent et grand ami de Condorcet. Le citoyen Germain sera même un court moment Directeur de la Banque Nationale mais les dérives violentes des années suivantes l'écarteront de la politique. Sophie Germain restera toute sa vie à la charge de sa famille, puisqu'elle ne se maria pas, et n'acquit jamais une quelconque position sociale.

C'est à l'âge de 13 ans en explorant la bibliothèque de son père, que Sophie Germain découvre le monde des mathématiciens par la lecture du récit de la vie et de la mort d'Archimède. Celui-ci, lors de l'invasion de la ville par les romains, était si profondément plongé dans l'étude d'une figure géométrique qu'il avait dessinée sur le sable, qu'il ne répondit pas aux questions posées par un soldat romain; pour cela il périt par le glaive. Cet intérêt pour les mathématiques d'Archimède fascina tant la jeune fille qu'elle se mit aussitôt à étudier cette science.

Bien que ses parents ne l'y encouragent pas, elle se découvre une vocation et lit tout ce qui lui tombe sous la main, élaborant ses propres traductions de certains ouvrages classiques. On dit même qu'elle se levait la nuit pendant le sommeil de ses parents pour aller étudier à la lueur d'une bougie alors qu'ils lui confisquaient ses vêtements pour qu'elle ne puisse se lever.

Elle se procure les ouvrages de ses contemporains et, à partir de 1794, se fait transmettre les cours de Lagrange, par un élève de l'École Polytechnique nouvellement créée : Le Blanc. Après la mort de Le Blanc, elle utilise ce nom comme pseudonyme pour écrire à Lagrange. qui y est professeur d'Analyse. Lorsque Lagrange découvre la supercherie, il est profondément admiratif devant le courage de cette femme.

La théorie des nombres est le premier domaine où Sophie Germain apporte une contribution importante. Elle a lu les "Disquisitiones Arithmeticae" de Gauss, ouvrage publié en 1801, et échange avec ce dernier 12 lettres entre 1804 et 1809, toujours sous le pseudonyme de M. Le Blanc. On lui doit notamment les plus importantes avancées sur le théorème de Fermat depuis Euler (1738), et avant Kummer (1840).
"L'équation Xn + Yn = Zn n'admet aucune solution entière positive si n n'est pas supérieur ou égal à 3". Fermat n'avait démontré ce résultat que pour n = 4.

A la suite de la visite du physicien allemand Chladni à Paris en 1809, Sophie Germain change radicalement d'orientation mathématique. Pendant près d'une décennie, elle s'intéressera à la théorie des surfaces - principalement à leur courbure - et au problème de vibration des surfaces élastiques. En effet, cette année là l'empereur Napoléon a lancé un concours à l'Institut :"Donner la théorie mathématique des vibrations des surfaces élastiques et la comparer à l'expérience". Sophie Germain vivement intéressée, se met à l'œuvre et persévère, même quand les plus grands savants décrètent la mise en équation du phénomène impossible. Elle s'oppose violemment au mathématicien Denis Poisson sur ces sujets. Si elle fait preuve de bonnes idées, elle souffre cependant de sa culture mathématique un peu désordonnée. Elle propose trois mémoires successifs. Le premier en 1811, refusé parce qu'incomplet, pour le second : "bien dans l'ensemble, mais le théorème de base n'est pas démontré". En bonne voie, pourrait-on dire. Enfin en 1815, c'est parfait, le problème est résolu.

Il lui faut donc attendre de devenir sous couvert de son nom d'homme, lauréate le 8 janvier1816, de l'académie des Sciences. La communauté scientifique réunie à l'Académie attend avec intérêt et curiosité le lauréat du concours dont elle ignore encore qu'elle est en fait une lauréate.

Pour la première fois une femme atteint le sommet de la consécration : elle va se voir couronnée par la prestigieuse Académie pour l'ensemble de ses travaux sur le théorème de Fermat et sur les "surfaces élastiques".Mais la lauréate tant attendue ne se montre pas. Par excès de modestie ou parce qu'elle est bien placée pour savoir que le génie ne s'accommode jamais du tapage, celle qui a dû si longtemps dissimuler son identité de femme derrière le pseudonyme masculin de Le Blanc.

Devenue amie de Fourier, lui-même secrétaire perpétuel de l'Académie depuis 1822, elle est la première femme à pouvoir assister aux cours de l'Académie des Sciences, Sophie Germain continue à travailler jusqu'à la fin de sa vie sur les mathématiques et la philosophie.

Ses écrits sur l'histoire et la philosophie des sciences ne sont pas très connus et sont restés inachevés, mais Auguste Comte les présente dans son cours de Philosophie positive comme relevant d'" une philosophie très élevée, à la fois sage et énergique, dont bien peu d'esprits supérieurs ont aujourd'hui un sentiment aussi net et aussi profond. Disciple de Diderot et de d'Alembert. elle veut appliquer la méthode scientifique à tous les domaines de réflexion, ce qu'elle expose dans son ouvrage posthume : "Considérations générales sur l'état des sciences et des lettres".

Quand l'ingénieur Eiffel fait graver sur la tour le nom de 72 savants pour leur contribution à l'avancement de la technique, il oublie le sien..., or sans la "théorie des surfaces élastiques", l'édifice le plus célèbre du monde n'aurait jamais vu le jour et il a fallu là l'époque les instances réitérées de Gauss pour que l'Université de Göttingen consente à lui décerner enfin le titre de Docteur Honoris Causa.

Aucun théorème, aucune équation ne porte son nom... la mémoire des lycéens ne risque pas d'être encombrée par sa présence.

A l'inauguration de la rue de Paris qui porte son nom dans le XIVe arrondissement un Conseiller Municipal s'écria à son sujet "Son nom que l'avenir connaîtra mieux appartient à l' histoire des progrès de l'esprit humain et peut être cité à côté de ceux des plus grands génies du 18ème siècle, les d'Alembert, les Diderot, les Condorcet, dont elle procède directement".

Pourtant, la célébrité de celle qui s'éteint dans de grandes souffrances le 27 juin 1831 a peu franchi le sérail des initiés...et tant mieux si la Plaque du Jour reçue de Paris grâce à Frédéric, internaute qui se reconnaîtra, lui rend un peu hommage.

Sources :
http://www.bibmath.net/bios/index.php3?action=affiche&quoi=germain

http://lyc-sophie-germain.scola.ac-paris.fr/biographie.html


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