La plaque du jour

Aujourd'hui Mardi 9 Juin 2026, 160ème jour de l'année
Nous fêtons les Diane, les Ephrem et les Félicien

Marie Laurencin ayant eu les honneurs de la Plaque du Jour hier, et les dames étant peu nombreuses sur les plaques de nos rues, George Sand accepte exceptionnellement d'apparaître à J+1.

L'écrivain George Sand est décédée le 8 juin 1876 à Nohant dans l'Indre à l'âge de 71 ans.

Écrivain, mais aussi républicaine convaincue, socialiste, et surtout terriblement féministe elle était née le 5 juillet 1804 à Paris.

Par sa mère, ouvrière en modes du Palais-Royal, George Sand au prénom de garçon " sans s ", était une fille du peuple ; par son père, brillant officier des armées impériales, par sa grand-mère, fille naturelle du maréchal de Saxe et mariée à Dupin de Francueil, fils du fermier général et économiste Claude Dupin, elle descendait de l'aristocratie.
Son métissage social et le sentiment d'injustice qu'elle puisa dans sa lignée bâtarde fut pour beaucoup dans ses convictions démocratiques. Elle s'en est longuement expliqué dans " Histoire de ma vie ", témoignage capital sur elle-même et son temps.

Très tôt elle éprouva " la rage d'écrire " : au couvent des Anglaises où elle fut pensionnaire, on l'appelait " Miss Agenda ". Très tôt, elle prit conscience de la sujétion féminine. Mariée à Casimir Dudevant, dont elle eut deux enfants (Maurice et Solange), elle s'en sépara pour mener une vie libre et créatrice. Elle ne cessa de se battre contre l'iniquité du code Napoléon, revendiquant le droit au divorce et l'égalité civile, préalable indispensable à la citoyenneté politique des femmes : d'où son différend avec les féministes de 1848 qui pensaient le contraire. Ses premiers romans résolument " féministes ", comme les Lettres à Marcie (1837), eurent un immense succès et la rendirent immédiatement célèbre.

1830 marqua une nette évolution de sa pensée politique. Elle devint républicaine, suivit avec passion le Procès des accusés d'avril et celui des défenseurs désignés par les accusés eux-mêmes, grand rassemblement des républicains animé par son ami Michel de Bourges et Ulysse Trélat, Voyer d'Argenson, Armand Barbès, Auguste Blanqui, etc., soutenu par La Tribune et le Réformateur de Raspail. Autour de 1840, elle prit conscience de la " question sociale ". Le socialisme égalitaire et moral de Pierre Leroux la séduisit. Elle le soutint dans ses entreprises de presse (La Revue Indépendante, L'Éclaireur de l'Indre), par la plume et l'argent. Elle se convertit à un art " utile ", destiné à l'éducation des " masses ". C'est l'époque des " romans socialistes ", en quête de formes nouvelles, de style et de langage, autant que de nouveaux acteurs. C'est aussi le temps des poètes ouvriers, qu'elle encourageait à écrire, les soutenant contre les sarcasmes dont ils étaient l'objet. " C'est dans le Peuple, et dans la classe ouvrière surtout qu'est l'avenir du monde " (à Perdiguier).
Après 1845, elle s'éloigna de Pierre Leroux et se rapprocha de Louis Blanc ; elle donna à La Réforme, en 1845, un roman " communiste ", Le Péché de Monsieur Antoine, où elle comparait plusieurs formules d'organisation communautaire, acquise à l'idée d'une nécessaire modification des systèmes de propriété. " Le socialisme est le but, la République est le moyen. "

C'est dire son enthousiasme pour la Révolution de 1848. Elle s'y engagea à fond : en Berry, où elle tenta d'instaurer " La République au village " ; à Paris surtout, où elle se mit à la disposition du Gouvernement Provisoire. Elle rédigea pour lui un grand nombre des Bulletins de la République, dont certains firent scandale par le caractère hardi des prises de position. Elle publia les Lettres au peuple, lança La Cause du peuple (3 numéros) et collabora activement à La Vraie République de Théophile Thoré, qui rêvait comme elle d'un art républicain. Elle participa à plusieurs manifestations, dont la journée du 16 avril et la fête de la Fraternité du 20 avril : apothéose avant le chaos. De plus en plus hostile à la violence blanquiste, elle désapprouva la tentative manquée du 15 mai, qui aboutit à l'arrestation de nombre de ses amis, dont Barbès. L'Assemblée est envahie mais les forces de l'ordre cernent la salle, expulsent les intrus, arrêtent les chefs et les sympathisants qui ont parlé d'un gouvernement provisoire (Blanqui, Raspail…). L'extrême gauche se retrouve décapitée.
Commencée le 23 juin, la répression dirigée par Cavaignac en finit dès le 26 avec les insurgés, au prix de 5.000 morts dont 1.500 fusillés, et 11.000 déportations.
(On notera que les responsables révolutionnaires de l'époque, condamnés à la prison ou à l'exil sont aujourd'hui nombreux à figurer sur les plaques de nos rues et plus que Cavaignac, les noms de Blanqui, Raspail, Louis Blanc ou Barbès désignent à Paris où eurent lieu les désordres, des artères fréquentées.)

De retour à Nohant, George Sand est conspuée comme " communiste ". Elle assista atterrée, aux journées de juin : " Je ne crois pas à l'existence d'une République qui commence par tuer ses prolétaires. Voilà une étrange solution donnée au problème de la misère. C'est du Malthus tout pur. " Mais la République se mourait, le peuple lui préférant Bonaparte. Il réagit mollement devant le coup d'État que George Sand condamna sans appel. Elle utilisa son immense crédit pour aider ses amis poursuivis, en fuite ou exilés. Mais c'en était fini de l'action directe, brève mais intense parenthèse dans la vie de celle qui fut une des femmes les plus " politiques " de son temps. Elle demeurait profondément fidèle à ses convictions. " Je n'ai qu'une passion, l'idée d'égalité (...) Mais c'est un beau rêve dont je ne verrai pas la réalisation. Quant à mon idée, je lui ai voué ma vie, et je sais bien qu'elle est mon bourreau " (juin 1848).

Elle se consacra à nouveau à l'écriture (" La petite Fadette " 1849), et au théâtre qui redevint sous le Second Empire un des moyens d'expression critique. L'anticléricalisme du " Marquis de Villemer "fut salué par de vibrantes manifestations d'étudiants au Quartier Latin et se repli sur la vie privée de son exil intérieur. Sa Correspondance (24 volumes) maintenant entièrement publiée grâce à Georges Lubin, montre l'étendue de ses relations politiques européennes et l'acuité de sa réflexion sur le suffrage universel, les exigences de la démocratie, la nécessité de l'éducation des masses à laquelle, par son oeuvre, elle entendait justement contribuer. Elle ferraillait sur ce point avec Flaubert, son cher " troubadour ", partisan de l'art pour l'art quand elle voulait l'art pour le peuple.

Toutefois, fidèle à ses amis de 1848, elle perdit contact avec le mouvement ouvrier de la fin du Second Empire, qu'elle connaissait mal, comme du reste les nouvelles réalités industrielles qu'elle évoquait cependant dans La Ville Noire (1860). Mal informée, elle ne comprit pas la Commune qu'elle lisait à travers les journées de Juin, voire à travers 1793. Elle condamnait sans appel cette " folie ", cette violence qui risquait de compromettre la République enfin proclamée et qui, même médiocre, lui apparaissait comme le préalable indispensable à toute évolution.
Au soir de sa vie et d'un siècle de feu, elle rêvait de changement pacifique. " Je hais le sang répandu, écrivait-elle à un jeune poète. Maudissez tous ceux qui creusent des charniers. La vie n'en sort pas (...) Apprenons à être révolutionnaires obstinés et patients, jamais terroristes. "

C'est dans son oeuvre d'écrivain, qu'on ne cesse aujourd'hui de réévaluer, qu'elle développa ses convictions et esquissa ses conceptions du monde et de la vie. Une oeuvre immense qui fut, pour beaucoup de lecteurs et de lectrices, la source d'une quête identitaire et d'un imaginaire démocratique.

Le Musée George Sand de la Châtre dans l'Indre et ses deux demeures de Nohant dans l'Indre et de Gargilesse-Dampierre dans la Creuse contiennent, outre des documents manuscrits et des montages de documents, des portraits.

André Maurois, lui a consacré un ouvrage : " Lélia ou la Vie de George Sand " , et parmi de nombreuses autres biographies, on peut citer celle d'Huguette Bouchardeau , au contenu solide et au titre poétique : " La lune et les sabots ".

Pour en savoir plus : http://www.librairie-gaia.com/GeorgeSand/GeorgeSand.htm

La plaque du Jour a été photographiée à Paris.


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