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Le dramaturge Jean Anouilh, auteur de la célèbre pièce "Antigone" est décédé en Suisse, à Lausanne, le 3 octobre 1987. Il avait 77 ans.
Jean Anouilh était né le 23 juin 1910 dans une famille franco-basque de Bordeaux. A son adolescence, il déménage avec sa famille à Paris, où il étudie le droit avant de travailler dans la publicité.
A l'âge de 18 ans, il remarque la pièce "Siegfried"de Jean Giraudoux et décide de consacrer sa vie au théâtre. Alors qu'il est secrétaire de Louis Jouvet de 1928 jusqu'en 1932, il sort une première pièce, "L'hermine". Le succès et la célébrité viennent avec sa deuxième pièce, "Le voyageur sans bagage", en 1937. Dès lors, il ne cesse de travailler et de rencontrer le succès auprès du public, malgré des critiques parfois sévères.
Difficilement on peut faire rentrer son oeuvre dans les classifications traditionnelles: oscillant entre le comique et le tragique, la comédie de moeurs et le drame bourgeois, le lyrisme et la bouffonnerie, l'oeuvre de Anouilh joue des tonalités très différenciées. Ses pièces qu'il a catégorisées (pièces roses, noires, grinçantes, brillantes ou costumées...) donnent une image constante et pessimiste de la nature humaine, rongée par la nostalgie d'une pureté perdue.
Des pièces "roses" comme Humulus le muet (1929),Le Bal des voleurs (1932), Le Rendez-vous de Senlis (1937), Léocadia (1939),
Des pièces "noires" comme L'Hermine (1931), Le Sauvage (1934), Le Voyageur sans bagage (1937), Eurydice (1941), de nouvelles pièces "noires" comme Jézabel (1932), Antigone (1944), Roméo et Jeannette (1945), Médée (1946),
Des pièces "grinçantes" comme La Valse des toréadors(1952), Ornifle ou le courant d'air (1955), Pauvre Bitos ou le dîner des têtes (1956), Ardèle ou La Marguerite, L'Hurluberlu ou le réactionnaire amoureux,
Des pièces "brillantes" comme L'Invitation au château (1947), Colombe (1951), La Répétition ou l'amour puni (1950), Cécile ou l'Ecole des Pères,
Des pièces "costumées" comme L'Alouette (pièce très avant-gardiste de 1952), "Beckett ou l'honneur de Dieu" (1958) marquent les différentes étapes d'un glissement progressif vers un pessimisme corrosif. Dans ses premières oeuvres Anouilh met en scène un univers ambigu où le déguisement, la fiction et la fantaisie éloignent le réel et autorisent un bonheur artificiel. Mais, dès que disparaît l'éclat de l'humour et du rêve, l'atmosphère devient plus sombre, l'air devient irrespirable, la vie impossible. A des degrés variables le monde de Anouilh est irrémédiablement miné par l'obsession d'une impureté qui élimine tout espoir de sérénité durable. Un contraste entre des êtres médiocres et des âmes exigeantes semble pourtant amener le dramaturge à ne pas complètement désespérer des virtualités de la nature humaine, de la volonté de connaître la plénitude morale et de soutenir de grands idéaux.
Anouilh a participé à vingt-deux films, traduit sept pièces de dramaturges étrangers, et mis lui-même en scène onze pièces. Une trentaine de ses pièces ont été montées, notamment par George Pitoëff au théâtre des Mathurins, et interprétées par les plus grands comédiens, français ou étrangers. Ses pièces catégorisées donnent une image constante et pessimiste de la nature humaine, rongée par la nostalgie d'une pureté perdue.
Pour parler de sa pièce la plus connue, après Sophocle, Jean Anouilh reprend le mythe d'Antigone. Fille d'Oedipe et de Jocaste, la jeune Antigone est en révolte contre la loi humaine qui interdit d'enterrer le corps de son frère Polynice. Présentée sous l'Occupation, en 1944, l'Antigone d'Anouilh met en scène l'absolu d'un personnage en révolte face au pouvoir, à l'injustice et à la médiocrité. En transformant le personnage de la fille d'Œdipe en adolescente puérile dont l'innocence même provoque la catastrophe finale, en émaillant les dialogues de familiarités et d'anachronismes, il fit basculer la tragédie de Sophocle dans un univers de violence absurde, qui rappela au spectateur le chaos dans lequel l'Europe se trouvait au moment de la création de la pièce
Le texte commence ainsi :
"Voilà. Ces personnages vont vous jouer l'histoire d'antigone. Antigone, c'est la petite maigre qui est assise là-bas, et qui ne dit rien. Elle regarde droit devant elle. Elle pense. Elle pense qu'elle va être Antigone tout à l'heure, qu'elle va surgir soudain de la maigre jeune fille noiraude et renfermée que personne ne prenait au sérieux dans la famille et se dresser seule en face du monde, seule en face de Créon, son oncle, qui est le roi. Elle pense qu'elle va mourir, qu'elle est jeune et qu'elle aussi, elle aurait bien aimé vivre. Mais il n'y a rien à faire. Elle s'appelle Antigone et il va falloir qu'elle joue son rôle jusqu'au bout… Et, depuis que ce rideau s'est levé, elle sent qu'elle s'éloigne à une vitesse vertigineuse de sa sœur Ismène, qui bavarde et rit avec un jeune homme, de nous tous qui sommes la bien tranquille à la regarder, de nous qui n'avons pas à mourir ce soir.
Le jeune homme avec qui parle la blonde, la belle, l'heureuse Ismène, c'est Hémon, le fils de créon. Il est le fiancé d'antigone. Tout le portait vers Ismène : son goût de la danse et de jeux, son goût du bonheur et de la réussite, sa sensualité aussi car Ismène est bien plus belle qu'Antigone, et puis un soir, un soir de bal ou il n'avait dansé qu'avec Ismène, un soir ou Ismène avait été éblouissante dans sa nouvelle robe, il a été trouvé Antigone qui rêve dans un coin, comme en ce moment, ses bras entourant ses genoux, et il lui a demandé d'être sa femme."
De toutes ses pièces, c'est "Antigone" qui représente le plus Anouilh : Une de ses "pièces noires".Je l'ai agréablement découverte par deux fois en 2003, au spectacle de fin d'année de ma fille. Antigone criant telle une folle à son oncle Créon: «Comprendre : toujours comprendre. Moi je ne veux pas comprendre.» c'est aussi bien la révolte de l'adolescence, que le désespoir devant la perte d'un être cher, ou devant l'insupportable quel qu'il soit. C'est notre condition humaine trop lourde parfois qui est toute entière dans ce cri. J'ai revu la pièce deux mois plus tard avec Robert Hossein et sa troupe, Hossein jouant le roi Créon.
Anouilh se reprend parfois, et se laisse aller à quelque optimisme :
"Croyez-moi, on a presque toujours quelque chose de mieux à faire que de mourir."
Mais son inclination reprend vite le dessus, ainsi que son désespoir persévérant :
"C'est bon de mourir pour quelque chose. De se dire qu'on est un petit grain de sable, c'est tout, mais qu'à force de mettre des grains de sable dans la machine, un jour, elle grincera et elle s'arrêtera."
Jean Anouilh s'est installé dans les années 60 à Pully, près de Lausanne. Il continua à y écrire de sa résidence face au lac. Parfois considéré comme l'auteur d'un théâtre de distraction (il donna effectivement des pièces de pur divertissement comme la Culotte, 1978 ou le Nombril, 1981), il n'en contribua pas moins à renouveler les techniques dramatiques traditionnelles en explorant toutes les possibilités offertes par l'espace scénique. Dénonçant sans cesse le mensonge social, il développa un vaste réquisitoire contre la famille, l'amour, l'amitié, et tout ce qu'il considérait comme des idéaux naïfs, avant de se tourner vers un théâtre plus autobiographique où se réaffirmait cependant sa nostalgie d'une pureté inaccessible (le Boulanger, la boulangère et le petit mitron, 1968 ; Cher Antoine ou l'Amour raté, 1969 ; les Poissons rouges, 1970 ; Ne Réveillez pas Madame, 1970).
Sa fille vit aujourd'hui encore à Pully. Dans la biographie qu'elle lui a consacré, elle écrit : "Sachant les siens près de lui, il baignait dans une ambiance rassurante et pouvait d'autant mieux se concentrer sur ses textes. Mais que chacun se plie à sa façon de vivre !…"
Dans sa vie privée comme dans sa vie publique, Jean Anouilh à défaut de tenir en main un destin qu'il savait mieux que quiconque regarder sans fard, voulait en maîtriser du moins les apparences. Il n'accepta durant sa carrière aucune récompense hormis le prix du Brigadier, décerné pour le meilleur spectacle de la saison, et qu'il considérait comme le seul valable.
Source :
http://www.evene.fr/celebre/fiche.php?id_auteur=12
http://www.proverbes-citations.com/anouilh.htm
La Plaque du Jour a été photographiée à Tours, par Éric, un ami internaute.
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